SIONPremière en Suisse, l'école de croupiers de Sion, Casino Formation, veut fournir des professionnels de la roulette et des cartes venant de toute l'Europe.
Le monde feutré des casinos obéit à des règles strictes. Celles de la loi bien sûr, mais aussi celles d'une tradition séculaire à laquelle tiennent la plupart des joueurs. Tant qu'à perdre sa chemise, autant le faire avec classe. Et, la classe ça ne s'improvise pas. Si un don naturel ne nuit pas à l'affaire, le reste provient de l'éducation ou de la formation. Comme l'éducation au jeu ne court pas les rues, les croupiers doivent passer par la seconde. Certes, il existe des écoles en France ou ailleurs en Europe. Mais point en Suisse, pays récemment admis au club des grands casinos où les professionnels du jeu apprennent sur le tas, c'est-à-dire étudient et s'entraînent la journée et travaillent le soir jusque tard dans la nuit. Un rythme infernal. Carlos Pires et Filipe Soares sont passés par-là. Le premier a travaillé sept ans à Crans-Montana, de la table au comité de direction du casino. Le second a aussi transité par Crans puis Genève avant d'assurer la formation de tout le personnel d'un casino au Kosovo soit 25 employés.
Depuis quelques années, l'idée de transmettre cette expérience leur trottait dans la tête. Elle se concrétise en 2008 avec la création de Casino Formation S.à r.l. à Sion, la première école de croupiers de Suisse.
Pourquoi à Sion? Aline Bailly, chargée de communication de Casino Formation, explique: «Tout d'abord, la situation géographique nous convenait bien. Car nous visons au-delà des frontières nationales et que Sion est facile d'accès en venant de France ou d'Italie. Ensuite, le prix des locations n'atteint pas celui de la Riviera ou de Genève ce qui nous a permis, malgré la modestie de notre budget, de nous installer dans de vastes locaux lumineux que nous avons équipés de matériel professionnel. Enfin, Carlos Pires a participé au Club indépendant de l'ORP et a reçu le soutien de l'Office valaisan de cautionnement pour un prêt à la BCVs.»
Ne devient pas croupier qui veut. S'il n'est pas besoin de justifier d'un cursus scolaire exceptionnel, il faut posséder d'autres qualités. Connaître les langues et briller en calcul mental en font partie. Casier vierge, majorité et absence de poursuites complètent les exigences d'un métier qui exclut les daltoniens pour des raisons facilement compréhensibles. Cheveux longs, ongles rongés et autres piercings ne font pas partie de la panoplie du croupier qui fond sa personnalité dans un costume sombre pour laisser toute la lumière sur le jeu.
Mais, qu'enseigne l'école de croupiers? Aline Bailly: «Les cours peuvent se donner en six langues, français, allemand, anglais, espagnol, portugais et italien. Les élèves apprennent d'abord les règles des différents jeux puis la technique de manipulation des jetons. Ils doivent aussi calculer de façon automatique les gains. Ici, il ne s'agit pas de compter sur les doigts. Les futurs croupiers doivent aussi acquérir le vocabulaire du jeu dans plusieurs langues et les notions de base de la loi sur le blanchiment d'argent. Enfin, on leur enseigne à réagir correctement en cas de litige avec un joueur qui les rendrait responsables de ses pertes. Nos cours de confiance en soi vont dans ce sens.»
La Suisse manque de croupiers professionnels. Ce constat Carlos Pires et Filipe Soares l'ont fait partout où ils ont travaillé. Cette situation assure avec une quasi-certitude une place aux diplômés de l'école.
Les dix-sept qu'elle a déjà formés travaillent à 100% comme croupiers dans un casino ou comme extras dans des tournois. Aline Bailly: «Pour l'instant, les casinos font spontanément appel à des institutions reconnues notamment en France. Mais nos élèves donnent une bonne image de notre école. Ils constituent notre carte de visite et nous croyons à une sorte de reconnaissance intercasinos de notre formation puisque nous discutons avec eux des critères de qualité qui la sous-tendent.»
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