VITALJoseph Gorgoni côté ville, alias Marie-Thérèse Porchet côté scène, ne pourrait se passer du spectacle. C'est sa raison d'être.
La période est synonyme de stress pour lui. Comme à chaque fois que Joseph Gorgoni prépare un nouveau spectacle (cf. encadré), il doute de tout. Et si cette fois-ci, il n'arrivait pas à faire rire le public? «On peut bien avoir cartonné avec les spectacles précédents, on recommence chaque fois depuis le début. Cela n'est jamais gagné d'avance», souffle-t-il. A le voir soucieux dans sa chemise blanche et ses jeans bleus, difficile de repérer des indices de l'excentrique Marie-Thérèse Porchet. Seuls ses yeux noisette trahissent un peu le personnage piquant qu'il habite sur scène depuis plus de quinze ans.
Dans la vie, Joseph Gorgoni n'a rien d'exubérant. A l'abri des projecteurs, l'homme est plutôt discret. «En fait, c'est depuis le succès de Marie-Thérèse que je suis en retrait. Avant, j'avais des looks très voyants, et quand j'avais encore des cheveux, je faisais des mèches de toutes les couleurs, je portais des plumes, des bijoux partout... Bref, je faisais tout pour qu'on me remarque», raconte le comédien de 43 ans.
Ce «fils d'immigré italien» - comme il le répète souvent pendant l'entretien -, a ressenti ce besoin de paraître dans son enfance déjà. «J'ai toujours aimé me déguiser, mais je voulais d'abord faire chanteur, puis danseur. Petit, je faisais d'ailleurs des spectacles à la maison quand on avait des invités.» Etre vu. Remarqué. Pour se sentir aimé? «C'est étrange ce besoin que j'ai, car je n'ai jamais été abandonné par mes parents; je n'ai jamais ressenti de manque, ou alors c'est inconscient.»
Mais le besoin d'être vu est bien réel. Quand Joseph Gorgoni apprend qu'un casting a lieu à Paris pour «Cats», l'homme se précipite dans la Ville Lumière. Il a alors 23 ans. «Ce n'était même pas un choix pour moi. C'était vital. Franchement, je ne me voyais pas passer ma vie dans un bureau. J'avais besoin d'exprimer autre chose.» Et, le Suisse est choisi entre 6000 candidats pour danser dans le spectacle.
Car, avant de choisir la voie comique, l'artiste avait exploité ses talents de danseur. Il s'était d'ailleurs payé lui-même des cours de danse à 15 ans, car son père ne voulait pas les financer. L'effet est immédiat. «Dès que j'ai commencé la danse, j'ai fait de bonnes notes à l'école, alors que jusqu'alors, je n'étais pas un bon élève», raconte-t-il. Parallèlement, il a suivi un apprentissage en papeterie, «pour avoir un métier.»
Aucun regret cependant de son escale dans cette profession. Il y a puisé l'inspiration pour le personnage de Marie-Thérèse Porchet qui naîtra des années plus tard. «Il y avait une cheffe de bureau qui lui ressemblait. J'imaginais Marie-Thérèse comme elle: la coiffure bien laquée, habillée de façon impeccable et les joues un peu rosées.» Et, en 1993, Mme Porchet née Bertholet a vu le jour. Une naissance possible grâce à Pierre Naftule, le metteur en scène qui a découvert le talent comique de Joseph Gorgoni lors d'un casting pour la revue de Genève. Une amitié qui dure depuis plus de quinze ans. «C'est Pierre qui m'a montré que je pouvais faire rire; il a réussi à faire sortir des trucs de moi que je ne pensais pas possibles. Nous écrivons ensemble. Son regard est très important. Et ça m'énerve de le reconnaître, mais neuf fois sur dix, il a raison quand il fait une remarque...»
Une rencontre importante pour Joseph Gorgoni. L'homme a toujours été bien entouré. Le hasard? Le destin? Le comédien se dit sceptique. «Peut-être que j'ai une bonne étoile. Je ne sais pas. Je ne suis pas croyant non plus. Je me dis juste que j'ai de la chance d'être né avec cette voix-là et ce petit truc qui fait rire, car ça, on ne peut pas l'apprendre. Mais après, il y a aussi beaucoup de travail.»
Reste que son principal atout est d'avoir toujours cru en lui. «Je me suis toujours aimé. Bien sûr, je me suis trouvé con parfois, mais dans le fond, je me suis toujours entendu avec moi-même.»
Même dans son adolescence, il s'assumait, assumait son homosexualité. «Ce n'était pas toujours facile, mais cela aide à forger une carapace.» Joseph Gorgoni parle de ses penchants sexuels sans fausse pudeur. «Pour moi, cela n'a jamais été un problème. Je n'ai jamais pensé que j'étais malade, par exemple.»
Le tabou, le comédien le ressent plutôt chez les autres. «Depuis que je joue Marie-Thérèse, on ne m'a jamais posé la question si j'étais gay ou pas. Je sentais un malaise chez mes interlocuteurs.» Et l'homme d'expliquer qu'il vit aujourd'hui avec son copain Florian. Tout va bien. Point. «Je n'ai rien à cacher, mais je n'ai rien à dire de plus là-dessus.» Juste un homme heureux. En amour comme sur la scène.
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