JP NATAFEn concert ce samedi à Fribourg, l'ex- Innocent propose «Clair», deuxième album solo particulièrement inspiré.
«C'était vraiment l'inconnue pour moi de repartir à zéro il y a dix ans, et je me rends compte à quel point c'est formidable.» JP Nataf ne renie pas la période Innocents, mais trace depuis la dissolution du groupe une route qui finalement lui convient mieux. En tant que «célibataire artistiquement», il a publié deux albums où éclate, intact, son sens de la mélodie et des chansons qui sonnent comme autant d'évidences. Après «Plus de sucre», injustement ignoré du grand public, le fin musicien est revenu à l'automne dernier avec «Clair», clairement un des meilleurs disques français de 2009.
Actuellement en tournée, JP fait étape ce 6 mars à Fribourg. Mise en bouche.
J'aime bien ça mais je l'aime encore plus maintenant que je peux changer de collectif régulièrement. Au bout d'un moment, dans un groupe, il y a un truc assez sclérosant: on fait un peu toujours les mêmes compromis, les moteurs sont toujours un peu les mêmes... Le groupe était une espèce de fantasme d'adolescent; être une grande tribu, à quinze sur la route, ça m'excitait. Mais au fond je n'ai pas trop la fibre, parce que dès qu'on passe à l'artistique, je suis un peu obsessionnel sur l'idée d'arriver à glisser mes idées. Je ne me fonds pas artistiquement alors que j'adore la vie sur la route, et maintenant j'ai trouvé ça.
J'ai adoré le groupe, mais je n'aurais pas été aussi loin artistiquement, je n'aurais pas osé certaines propositions. Je n'avais pas le courage de me battre pour dire: «Je vous assure, c'est une bonne idée!», même si j'étais déjà un peu chiant (rires). Aujourd'hui, si je veux être trois semaines seul pour faire des chansons, je peux; si après on m'embarque dans une histoire dont je ne suis pas un des moteurs, je peux... J'essaie de varier les positions, les endroits, les éclairages, et là il y a beaucoup à apprendre. Ce grand libertinage me va bien, je me sens très épanoui dans ce métier qui n'en est pas un.
... à des bars (rires)! Hier, on a joué dans un petit bar...
D'abord c'est une réalité, et quelque part ça me correspond mieux. Ça rassure certains d'être très cocoonés, de passer de l'aéroport à la scène puis à l'hôtel sans croiser le public. Moi, j'ai voulu faire de la chanson pop, à texte, mais avec une mentalité de punk. Les «Inno» ont été une espèce de groupe de variété mené comme un groupe alternatif, on n'en faisait qu'à notre tête. Je suis toujours pareil, j'aime qu'un un concert ne soit pas comme un autre. Des fois c'est un peu le bazar, mais au moins c'est vivant - un peu comme quand on fait à manger pour des potes, chez soi: on regarde ce qu'il y a et puis on se débrouille. Les ingrédients, chez moi, c'est les chansons... Je sais que le confort ne me va pas. J'aime bien que ça reste le bordel... Même si j'étais un peu le diplomate du groupe à l'époque, je me suis rendu compte que je n'aimais pas du tout le monde de la pression, du show-biz, dans lequel on a baigné avec les Innocents.
Je n'oblige pas les gens à m'écouter... mais si on capte ceux qui sont au bar, c'est super (rires)! Je me considère davantage comme un musicien, j'ai complètement abandonné l'idée qu'il fallait que les gens soient là et me regardent comme une espèce de messie... Avec le temps, on abdique l'idée de devenir le maître du monde grâce à la musique. Le jour où l'on se rend compte qu'on a la musique, on se rend compte que ça suffit, on est le maître de son monde à soi.
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