MUSIQUEDepuis bientôt trente ans, I Muvrini répandent leur chant fraternel avec une intégrité que le temps n'a pas entamée.
«Le chant, c'est le partage.» Cette phrase de Jean-François Bernardini pourrait à elle seule résumer la démarche des Muvrini, le groupe qu'il a fondé avec son frère Alain voici près de trente ans. Partager la musique, les émotions, rechercher entre les humains les ressemblances davantage que les différences. Artistiquement, cette vision des choses s'est traduite par de nombreuses collaborations. Une démarche présente encore dans leur nouvel album, «I Muvrini et Les 500 Choristes».
Contrairement à certains de leurs confrères, les «mouflons» corses ne sauraient être soupçonnés d'opportunisme. «C'est une juste continuité de notre travail, explique Jean-François. On n'est pas dans une recette, on est simplement dans le fait que nous, on aime la rencontre. Un jour, les duos ne seront plus à la mode, peu importe, on continuera.»
Dans le domaine, le critère est à la fois humain et artistique, même si l'on sent bien que le choix dépend surtout du premier. «Combien il y a de collaborations qu'on n'a pas voulu faire... Si on ne le sent pas, on ne le fait pas.» Voilà qui est clair, et pour une raison très simple: «On n'est pas des artistes qui ont appris le métier, on est des paysans qui chantent. On a ce naturel-là, on ne se prend pas pour un autre.»
Le message des Muvrini est à la fois corse et universel, universel et corse. C'est la langue d'une terre, mais aussi celle de l'humanité et de notre temps. Eux qui connaissent «la souffrance de celui qui est pris pour ce qu'il n'est pas», n'aiment rien tant que tracer des cercles pour y inclure ceux qui partagent leurs idéaux. «C'est quelque chose qui nous importe, des cercles transparents, dignes, qui soient rayonnants de bonne santé, de légitimité. On ne ne fait pas avec des armes ou des bombes, on les fait par la beauté qu'on est capables de créer quand on met des univers ensemble.»
Pour Jean-François Bernardini, il incombe à l'artiste de porter l'espérance, de guérir la violence. «Je crois au pouvoir des mots, de la musique. Non pas de donner le fruit mais de semer une petite graine quelque part, un mot, une émotion, un regard, un nouveau point de vue.» Il est de ceux qui, devant l'état du monde, plutôt que de crier ou de faire comme si de rien n'était, se disent: bon, par quoi je commence, qu'est-ce que je peux faire? Et qui répondent: «Pas des miracles, non, juste un pas dans le bon sens.»
La tâche est immense, Jean-François est trop lucide pour l'ignorer ou donner dans l'optimisme béat. Le découragement lui est cependant inconnu: «Un pommier ne se décourage jamais de faire des pommes. L'hiver peut être rude, moins rude, le pommier continue quand même. Quand vous êtes taillé dans cette roche, rien ne vous démobilise. La désespérance, c'est le pire des dénis de la vie; espérer, ce n'est pas un choix, c'est un devoir.»
Alors il espère, animé par cette force qui lui vient de cette terre corse «où l'on a appris de l'Histoire ce que n'être rien veut dire». Il marche, il avance, inlassablement. «Ma récompense, c'est d'avoir maintenu intactes une intégrité, une innocence. Ce n'est pas simple, mais la source qui est la nôtre, vous ne la troublerez pas. Dites à vos enfants que ce qu'ils ont de plus important, c'est leur âme.» A l'évidence, I Muvrini ne sont pas près de vendre la leur.
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