LIVREL'astrophysicien Trinh Xuan Thuan signe «Le dictionnaire amoureux du ciel et des étoiles». Rencontre avec un véritable passionné de l'univers.
Avec son statut d'astrophysicien renommé dans toute la galaxie, Trinh Xuan Thuan pourrait toiser son monde en se réfugiant derrière de nébuleuses théories incompréhensibles pour le commun des mortels. Mais ce n'est pas le genre de notre homme qui, en plus d'être une référence dans sa branche, cultive une passion sans limite pour les étoiles et un grand talent de vulgarisateur. Sans oublier une faculté à mêler science et autres domaines, comme la spiritualité.
Fin observateur - au sens propre comme au figuré - du vaste ciel, le scientifique a été choisi pour concocter le «Dictionnaire amoureux du ciel et des étoiles». Un livre de plus de 1000 pages, qui invite le lecteur à un voyage interstellaire entre les origines du monde et la planète Mars, conviant au passage Newton, Corpernic ou Einstein. Un dictionnaire qui, comme les autres de cette belle collection, se feuillette au gré des envies, dans le désordre, histoire d'avoir la tête dans les étoiles...
Le ciel, les étoiles... un domaine infini. Comment avez-vous choisi les thèmes que vous traitez dans le dictionnaire?
C'est un «Dictionnaire amoureux», il me faut donc d'abord parler des choses que j'aime. Il y a d'abord tout le bestiaire merveilleux de l'astrophysique moderne, comme les trous noirs, les pulsars, les étoiles à neutron, et la théorie du big bang. Vous trouverez des entrées qui décrivent ces phénomènes de manière rigoureusement scientifique. Mais je tenais aussi à expliquer l'histoire de notre origine: nous sommes intimement liés à l'univers, nous sommes des poussières d'étoiles. Nous sommes les descendants des étoiles, sans elles nous ne serions pas là: nous partageons la même origine avec les étoiles, les bêtes sauvages et les cornichons, nous sommes tous faits de la même matière, en fait... Je voulais parler aussi des gens qui font la science: une poignée de personnes qui, par leur génie, nous font entrevoir l'univers d'un autre oeil...
Vous liez aussi la science à d'autres domaines...
Oui, il y a des entrées qui situent la science dans un contexte plus humain. De temps en temps, la science a très mauvaise presse pour le grand public. On parle surtout des applications technologiques de la science qui détruisent la planète: les autos, les usines, la bombe atomique. Mais la science nous donne aussi des bonnes choses et elle change notre vision du monde. Je pense que d'autres domaines de l'activité humaine - comme la religion, la spiritualité, la poésie, l'art - éclairent l'humain sur la réalité ultime... Ce sont des fenêtres complémentaires qui nous permettent de voir la réalité dans son ensemble.
Vous parlez aussi des extraterrestres. Les progrès de la science permettent-ils de mieux les rechercher?
E.T. ne nous a toujours pas appelés! On cherche, on cherche... Je pense que la probabilité est non nulle qu'il y ait d'autres civilisations, d'autres formes de vie, et même d'autres formes de vie intelligente dans l'univers. Il suffit d'un simple calcul de probabilités: il y a 100 milliards d'étoiles dans notre voie lactée; il y a 100 milliards de voies lactées dans l'univers observable, et il y a environ 10 planètes autour de chaque étoile; donc, le nombre de planètes équivaut à 10 multipliés par 100 milliards, multipliés par 100 milliards. C'est énorme! Bien sûr que toutes ces planètes n'hébergeront pas la vie, il faut que la planète soit habitable, il faut des conditions spéciales. Je calcule qu'il y a environ un milliard de planètes qui peuvent héberger la vie dans notre voie lactée. Il faut découvrir ces planètes, et, pour l'instant, on cherche, on écoute sur des millions de fréquences, parce qu'on ne sait pas sur quelle fréquence E.T. va envoyer ses signaux, et on ne sait pas où pointer nos radiotélescopes...
Comment êtes-vous tombé amoureux du ciel et de l'univers?
Il n'y avait pas tellement de télescopes au Vietnam quand j'étais enfant. Mais j'étais curieux et je me posais des questions sur le fonctionnement de la nature, etc. J'étais très bon en science, en philosophie et en littérature. Je me disais que la physique pouvait répondre à ce genre de choses et j'ai voulu devenir chercheur en physique pour découvrir les lois fondamentales de la nature. (...) Aux Etats-Unis, où j'étudiais au California Institute of Technology, sans le vouloir, je suis tombé sur le campus qui avait le plus grand télescope du monde à ce moment-là, de cinq mètres de diamètre. J'ai découvert l'astrophysique. Et pour un jeune homme de 19 ans, avoir accès au télescope qui regardait le plus loin dans l'univers, ça ne peut que frapper son imagination. Et, dans les années 60, il y a eu une pléthore de découvertes en astrophysique... C'était extraordinaire, je ne pouvais que tomber dans la marmite de l'astronomie... Pour moi, regarder et comprendre le ciel, ce n'est pas un travail, c'est une passion.
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