Traduction«Willkommen bei den Sch’tis» est sur les écrans alémaniques. Comment traduire ce qui fait le sel de l’original? Avec des mots de dialecte alémanique. Les premiers spectateurs ne sont guère convaincus.
Le succès surprise et phénoménal de «Bienvenue chez les Ch’tis», le film de Dany Boon, devait-il rester confiné aux pays francophones? A priori non. Un tel gâteau – 19 millions d’entrées jusqu’en mars - à l’heure où les cinémas se battent pour conserver leur public, ne pouvait laisser le reste du monde indifférent. Mais la décision de traduire le film en allemand n’a pourtant pas été facile à prendre en Suisse, selon des sources bien informées.
Le distributeur Pathé Films a pourtant finalement décidé de lancer un traducteur sur les traces du ch’timi. «C’est une des traductions les plus difficiles que l’on a faites», admet Sylvia Gantenbein, responsable de l’administration. «Heureusement, les parentés avec les dialectes suisses nous ont aidés à trouver des solutions.»
Le résultat (en sous-titres, car il n’y a que rarement des versions synchronisées en Suisse alémanique) ne convainc qu’à moitié. Certaines trouvailles de traduction font mouche, d’autres nettement moins. Bien vu pour les «chiens» au lieu des «siens»: c’est «Schweine» (cochons) qui remplace «seine». Bien vu aussi pour «Biloute», où le traducteur utilise «Zipfeli» qui évoque aussi, en suisse-allemand, le petit nom du sexe masculin. Pour «bavache», il y a «gwaggli», mot plutôt affectueux qu’on lance à quelqu’un qui a fait une petite bêtise. Pour «braire», le traducteur a utilisé «grännä», pleurer, en bernois. Quant au «vin’dious», il devient «gopfriedstutz». Problème: ces mots ou expressions sont parfois vieillots (l’injure citée ci-dessus) ou connus dans certaines régions et pas ailleurs.
Du reste, les différents dialectes alémaniques peuvent-ils être assimilés au ch’timi? Si oui (mais la question reste posée), il aurait alors fallu emboîter des phrases entières de suisse-allemand dans les dialogues, par exemple quand le personnage de Line Renaud intervient, et pas seulement des mots ou des expressions. Mais l’impossibilité à rendre vraiment la particularité, le charme et les gags de langage provient surtout des petits changements du ch’timi par rapport au français. La traduction allemande garde les genres là où le picard inverse le masculin et le féminin. Elle dit aussi «kleiner Kaffee» pour «tcho café» (transcription non garantie…). Certaines phrases difficilement compréhensibles dans la V.O. sont rendues en allemand standard.
Le résultat n’a pas eu l’heur de plaire à une des premières spectatrices, bilingue qui plus est. «Le suisse-allemand, ça ne marche pas», lâche-t-elle, déçue, affirmant avoir un peu comparé le texte dit et le texte parlé. «Et ce mépris du sud pour le nord, que je connais car mon mari, qui vient du sud, m’en a parlé, n’évoque strictement rien ici.» La cinéphile est sans pitié: «Je dirai à mes amis de ne pas aller voir.» Les critiques parues dans les journaux, en revanche, étaient plutôt positives.
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