CULTURE«Le féminisme m'a appris à relever la tête et à marcher le nez au vent». Carole Roussopoulos recevra le Prix de l'Etat du Valais le 9 octobre à Sion.
Carole Roussopoulos, née de Kalbermatten, recevra le Prix de l'Etat du Valais le 9 octobre à Sion. S'intéresser au droit des femmes dans les années 70, c'est inévitablement tomber sur ses films. Parler du viol, de la lutte des prostituées dans les années 70, de la contraception, de l'avortement, c'est parler aussi de «SCUM Manifesto», tourné par Carole et Delphine Seyrig en 1976 avec une caméra vidéo ou encore de l'incontournable «Debout! Une histoire du Mouvement de libération des femmes (1970-1980), long métrage documentaire, mélange d'archives et de témoignages. Faire une histoire du féminisme, c'est revenir sur l'histoire du Centre audiovisuel Simone de Beauvoir, fondé à Paris par Delphine Seyrig, Ioana Wieder et Carole Roussopoulos, centre de production et d'archives audiovisuelles consacrées aux femmes.
Se pencher sur l'avant-garde cinématographique à Paris dans les années 80, c'est mentionner l'Entrepôt et sa programmation de films d'art et d'essai, un lieu dirigé encore une fois par Carole, Delphine et d'autres. C'est là que les Parisiens découvrent dans les années 80 les films d'Almodovar, pour ne citer que lui. Faire une histoire de la pauvreté, des sans-abri, des toxicomanes ou de l'inceste, «ce tabou des tabous», c'est reprendre tous les films, l'un après l'autre, de Carole Roussopoulos, sur quatre décennies. Elle n'a jamais posé la caméra, la Valaisanne parachutée à Paris en été 1968. Elle n'a jamais abdiqué ses idées, jamais fait mine de reculer devant les sujets les plus scabreux, les moins populaires. Et lorsqu'elle décide de revenir s'installer en Valais, en 1995, c'est pour s'attaquer à d'autres tabous, l'excision des jeunes filles en Suisse, la déchéance des corps et la mort, le combat des lesbiennes, le handicap.
Rarement le Prix de l'Etat du Valais a été si justement attribué que cette année.
Récemment, elle donnait une grande interview dans la revue «Les Nouvelles Questions féministes» et rappelait son enfance sédunoise «dans une famille de notables valaisans où les femmes n'avaient jamais travaillé», son arrivée dans le chaudron parisien, sa rencontre avec Paul Roussopoulos, réfugié politique grec, physicien et peintre. Il deviendra son compagnon de vie, de lutte, de travail et le père de ses deux enfants. Carole Roussopoulos travaille d'abord pour le magazine «Vogue». En 1970, elle quitte le journalisme pour s'acheter, sur les conseils de Jean Genet, sa première caméra vidéo portable. Elle devient alors vidéaste, à une époque où nul ne parlait encore de vidéo. Toujours à l'écoute, en retrait derrière sa caméra, Carole Roussopoulos se forge une conscience politique d'airain et filme à peu près tous les brasiers allumés par sa génération. «Debout», tourné en 1999, sorte de résumé de ses combats féministes, l'a fait connaître bien au-delà des frontières francophones. A ce jour, elle a tourné un peu plus de 120 films.
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