Il sait manier la musique et les mots pour vous amener dans son monde.
Dans le train qui dessert Lausanne, une phrase me revient en tête: "Je vais vous faire découvrir mon univers." Dans le hall de la gare de Lausanne, François Vé m'attend, plutôt mince, naturellement élégant, le sourire vif et entraînant. Il propose d'aller chez lui, à pied. Il respire sa ville, les rues, les gens, les détails, tout lui parle. Et la porte s'ouvre enfin sur son univers.
François Vé est un chanteur à texte, il adore la langue française, change les mots et invente des verbes. Son amour des histoires l'amène à créer des univers parallèles. Sa voix, il la trouve large, parlée, liée à une ambiance rock et blues, proche de l'inspiration anglo-saxonne. Le choix de devenir chanteur s'élabore par une série d'événements, de multiples petits choix qui le dirigent vers des non-choix, c'est aussi un rêve qui vient de l'enfance, où très tôt, il ne se sent pas à sa place dans une certaine société. Il alterne étude et voyage, au retour d'un séjour en Nouvelle-Zélande, il décide d'intégrer une école de musique à Nancy, sur le conseil d'un ami pour devenir bassiste. Il écoute son entourage qui lui renvoie une image positive de son travail. Pour des raisons de santé, il abandonne sa carrière de bassiste, le non-choix lui permet de faire ses premiers pas vers l'écriture. Il commence son premier album en 2001 et le termine en 2003, puis continue de produire au fil des spectacles et des voyages.
"Celui qui fait a un choix artistique, c'est celui qui ne peut pas faire autrement, c'est son lien avec la société, il a besoin de cela" , précise François Vé. "Ecrire des chansons est un métier qui est un non-métier" , dit-il. "Je ne me sens pas écrivain, chanteur, musicien, acteur, interprète, je me sens un peu tout ça à la fois."
Ce qui l'intéresse dans ce métier, c'est l'identité, c'est d'avoir un label, et de citer Barbara ou Brel. Pour écrire, il fonctionne avec l'idée qui devient la colonne vertébrale d'un album. Quand il part accomplir son tour du monde en juillet 2010, l'idée principale devient le goût du sel, sa valeur. Il aime bien aller dans la forme et une fois entré dans la forme, il va à l'inverse et se dirige vers la précision. Et de citer le paradoxe entre le sel et le sucre: "Je suis le sucre, tu es le sel, nous sommes nus, sommes-nous pareil?" La chanson naîtra de la romance de ces deux éléments. Il y ajoute la rythmique et la musicalité des mots. Et de me chanter un autre exemple: "J'ai faim de flou quand tout est clair, j'ai feint de vous plaire quand tout est flou, la musique s'accroche facilement et le rythme est là."
La scène le fascine: offrir des moments suspendus dans le temps à son public et le rendre immortel, donne une finalité à son art.
Il revendique également son univers de poète, il vient de publier un recueil de poèmes illustrés "En super 8 François Vé". Son art ne s'arrête pas là, l'image le captive. Dans son dernier périple, il emporte une caméra super 8 et extrait les images de la pellicule. Le résultat est à la fois mystérieux et d'une grande sensibilité. Le visuel s'arrête sur un instant de vie qui véhicule une émotion.
Le monde selon François Vé, "c'est percevoir le volume de la terre, comme si une caméra posée sur la lune pouvait le filmer. Voir la courbe, la découvrir en étant collé les pieds à la terre."
François Vé vernira son dernier album, "La tentation du sel", le 5 octobre à l'Octogone, à Pully. Voir aussi: www.francois-ve.ch
Retrouvez ci-dessous la chronique de Valérie Ogier sur Option Musique:
Par Régine BINDÉ

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