Votations fédérales du 24 septembre 2017
 04.09.2017, 12:00  

Philippe Nantermod ne veut pas faire payer aux jeunes l'augmentation des retraites pour les 45-65 ans

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Philippe Nantermod, vice-président du PLR suisse est au front pour dire non au projet de Prévoyance 2020.

 04.09.2017, 12:00   Philippe Nantermod ne veut pas faire payer aux jeunes l'augmentation des retraites pour les 45-65 ans

Retraites - Vice-président du PLR suisse, le conseiller national Philippe Nantermod est au front pour lutter contre la réforme des retraites soumise à votation le 24 septembre. "Avec ce projet, c'est comme si on disait qu'on va resserrer le budget de la famille et qu'on commence par se payer des vacances", assure-t-il.

Après Stéphane Rossini qui défendait il y a quelques semaines la projet Prévoyance 2020 soumis à votation le 24 septembre, c'est au tour de Philippe Nantermod d'expliquer pourquoi le PLR, l'UDC, certains milieux patronaux et syndicaux disent non à la réforme. Pour le vice-président des libéraux radicaux suisses, PV 2020 distribuent les boni, mais pas les sacrifices. 

Philippe Nantermod, est-ce correct si je dis que la seule raison pour laquelle vous refusez la...

Après Stéphane Rossini qui défendait il y a quelques semaines la projet Prévoyance 2020 soumis à votation le 24 septembre, c'est au tour de Philippe Nantermod d'expliquer pourquoi le PLR, l'UDC, certains milieux patronaux et syndicaux disent non à la réforme. Pour le vice-président des libéraux radicaux suisses, PV 2020 distribuent les boni, mais pas les sacrifices. 

Philippe Nantermod, est-ce correct si je dis que la seule raison pour laquelle vous refusez la réforme de la prévoyance ce sont les 70 francs supplémentaires accordés aux rentiers ?
Dit comme cela, c’est faux. Ce sont les conséquences de cette attribution de 70 francs et les mesures défaillantes de compensation dans le 2ème pilier qui expliquent notre refus. Ces 70 francs supplémentaires vont coûter extrêmement cher, d’autant plus que c’est un peu davantage puisque le montant est une fois et demi plus important pour les personnes mariées. Cela créera un déséquilibre dans le premier pilier puisque dès 2030 ces 70 francs ne seront plus financés et qu’il faudra aller les chercher ailleurs que dans les mesures prévues aujourd’hui. C’est une mesure qui durera douze ans et qui se transformera ensuite en boulet monstrueux. 

Et les mesures de compensation dans le 2ème pilier ?
Ce qui est regrettable c’est que Prévoyance 2020 ne supprime pas le montant de coordination qui aurait permis aux femmes et aux plus démunis de cotiser au deuxième pilier quel que soit leur salaire ou leur taux d’occupation. On a aussi loupé le coche d’enfin égaliser les cotisations LPP. Aujourd’hui on n’épargne pas assez jeune puisque l’âge limite est fixé à 25 ans et surtout on prétérite les travailleurs âgés sur le marché du travail en continuant de les rendre trop chers pour l’employeur.

Vous avez dit durant cette campagne que ça vous faisait mal au ventre de donner 70 francs supplémentaires par mois à Peter Brabeck (ndlr: ex patron de Nestlé). Le simple fait de lui verser une rente AVS aussi vous dérange-t-il ? Vous remettez en question le principe de solidarité de nos retraites ?
Non pas du tout. Mais lorsqu’on prend des mesures de compensation, on doit le faire selon les besoins de chacun et pas selon le système de l’arrosoir. Ce n’est pas juste de donner autant aux hommes dont l’âge de la retraite n’est pas augmenté qu’aux femmes qui vont devoir travailler un an de plus. Nous aurions souhaité des compensations ciblées pour aider ceux qui en ont vraiment besoin.

C’est un peu paradoxal d’entendre le parti du patronat parler de solidarité et de défense des plus faibles…
Non, nous avons toujours prôné une solidarité responsable et le premier élément de cette responsabilité c’est de cibler les aides. Avec ce projet, on va augmenter le niveau des rentes pour toute la génération 45 ans à 65 ans et faire payer l’autre.

Mais ce projet a au moins le mérite de faire participer toute la population à l’effort de guerre puisque même les rentiers actuels contribueront à renflouer le fonds AVS via l’augmentation de la TVA…
Il est normal que tout le monde participe, dans le contexte actuel où nous sommes passé de six actifs pour un rentier à deux actifs pour un rentier. Tous les Etats sont confrontés à ce défi, mais la particularité suisse c’est qu’on réforme en distribuant des sacrifices d’un côté, et des boni de l’autre. Si je prends l’exemple de la génération de mon père, elle voit va voir ses prestations retraite augmenter de 20'000 francs sans qu’elle ne cotise davantage pour cela, alors que ma génération va voir ses avoirs diminuer de tout autant. Prévoyance 2020 fait un cadeau à une seule génération, de sexe masculin, et à personne d’autre. 

Tout le monde parle du plan B secret du PLR, qui, pour faire simple, passera uniquement par une hausse de l’âge de la retraite pour tous…
Absolument pas, c’est le plan A soumis à votation qui va nous mener à cela. Avec la réforme,  l’AVS sera dans les chiffres rouges déjà en 2025 et cela même les partisans le reconnaissent. Dès 2030, il faudra prendre de nouvelles mesures, alors qu’on aura déjà tiré toutes les cartouches acceptables. Ne restera alors plus d’autres options que cette hausse généralisée. On n’y coupera probablement pas à long terme, à l’horizon 2040-2050, mais ce qui est certain, c’est que la Prévoyance 2020 ne fait que précipiter une retraite à 67 ans pour tous.

Alors, le vrai plan B, il consiste en quoi ?
A réformer les deux piliers de manière indépendante. Aujourd’hui l’AVS dépense plus qu’elle ne gagne. Pour compenser la retraite des femmes à 65 ans, on pourrait prendre des mesures ciblées voire temporaires pour elles. On a également proposé l’augmentation des prestations complémentaires. Pour le deuxième pilier, je le répète, il faut abolir le montant de coordination et réévaluer le montant des cotisations.

Dans les deux camps, on ne cesse de dire qu’il y a urgence. Un non le 24 septembre ne serait-il pas le point de départ de nouvelles longues années de travail parlementaire ?
Peut-être mais la réforme proposée est pire que la situation actuelle. En gros, avec Prévoyance 2020, c’est comme si on disait «on va revoir à la baisse le budget de la famille» et la première chose que l’on fait c’est se payer des vacances. On ne devrait pas offrir 70 francs à ceux qui n’ont rien à compenser. Ce projet, c’est un nouveau et petit AVS + qui avait été massivement refusé par le peuple. 

Ne dites-vous pas non parce que ce projet émane d’un ministre de gauche et que vous ne voulez pas lui concéder une victoire que n’avez pas eue le PLR en son temps ?
Au contraire. Nous avons fait des efforts et des propositions pour trouver un consensus. Tout s’est joué à une voix au parlement. Ceux qui parlent de compromis ont le compromis facile. La gauche a toujours souhaité renforcer le premier pilier au détriment des deux autres or, le secret du système helvétique c’est justement cette cohabitation des trois piliers. Prévoyance 2020 découle de la volonté d’appliquer un slogan politique et n’est en rien une solution de réforme durable.

Pourquoi le patronat est-il alors divisé sur la réforme avec les Alémaniques qui disent non et les Romands qui la soutiennent ?
Tout simplement parce que le patronat romand gère des caisses de pension et qu’il ne songe qu’à l’opportunité de baisse le taux de conversion du deuxième pilier prévue dans cette réforme. 

Prévoyance 2020 est un projet technique et compliqué. Comment l’expliquez-vous en une phrase dans la rue ?
C’est une réforme qui n’assainit pas notre système de retraites et qui ne permet qu’à une minorité d’améliorer sa retraite au détriment des autres. Franchement, je n’ai pas encore trouvé de meilleur résumé que «Après moi, le déluge ».

>> A lire aussi: Stéphane Rossini défend la réforme des retraites. Les arguments du oui.

 

 

Rencontre du Nouvelliste, jeudi 14 septembre, aula du collège des Creusets à Sion, 18h30.

Discussion avec le ministre de la Santé Alain Berset
Suivi d’un débat entre Chantal Balet et Jean-luc Addor

Les inscriptions sont ouvertes sur http://rencontres.lenouvelliste.ch
 

Ce qui va changer en cas de oui le 24 septembre

L'âge de l'AVS: finies les différences de traitement, l'âge de la retraite des femmes passera de 64 à 65 ans. Une augmentation tout en douceur, par palier de trois mois. La révision prévoit aussi un assouplissement de l'âge de la retraite pour tous. Il sera possible de choisir d'arrêter son activité professionnelle entre 62 et 70 ans. Pour rappel, aujourd'hui un départ était, sous conditions, possible dès 58 ans.
 
L'AVS: les rentes AVS seront augmentées de 70 francs par mois pour les nouveaux rentiers. La rente maximale passera à 2420 francs pour une personne seule et à 3751 francs pour un couple et ce à partir de 2019.
 
Le deuxième pilier: le taux de conversion du deuxième pilier va baisser de 6,8 à 6%. Pour faire simple, un assuré qui a un avoir retraite de 100'000 francs verra sa rente annuelle passer de 6800 francs à 6000 francs. Les rentes des personnes déjà retraitées ne sont pas concernées. Pour compenser cette baisse, les cotisations LPP seront prévlevées à partir d'un salaire de 14100 francs, alors qu'il faut aujourd'hui gagner au minimum 24675 francs pour cotiser.


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