28.09.2017, 17:57

Maison des générations: Yvonne, octogénaire et première colocataire des enfants de Saint-Martin

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Yvonne Cooty-Zermatten, première pensionnaire de la Maison des générations de Saint-Martin.

 28.09.2017, 17:57 Maison des générations: Yvonne, octogénaire et première colocataire des enfants de Saint-Martin

Société La Maison des générations a sa première locataire. A 88 ans, Yvonne Cotty-Zermatten habite désormais dans un bâtiment qui abrite également une crèche, une UAPE et des salles de classe.

Yvonne Cotty-Zermatten se penche sur la barrière de son balcon. «Quelle chance, les petits partent en promenade!» s’exclame celle qui salue de la main la joyeuse bande de poupons sur le départ.

De sa terrasse, la vue sur la cour d’école est imprenable puisque l’immeuble abrite également l’école, la crèche et l’UAPE de la commune de Saint-Martin. Ou c’est peut-être le centre scolaire qui abrite des logements. Peu importe. La Maison des générations est un espace de rencontre, tout simplement. 
 


© Frédéric Dubuis


La Maison des générations n’était encore qu’un concept lorsque Yvonne Cotty-Zermatten a décidé qu’elle en ferait partie. «L’entretien de ma maison devenait difficile, surtout en hiver, confie la dynamique dame de 88 ans. J’ai vu dans ce projet la possibilité d’anticiper.» L’envie de rester à Saint-Martin et de garder son indépendance l’ont encouragée à faire le pas. «Une manière d’éviter le home», résume celle dont la vie est bien remplie.

 
Au centre du village

Gym le lundi, yoga le mardi, cartes le jeudi, la première occupante de la Maison des générations se réjouit de pouvoir participer à la vie sociale du village. A quelques pas seulement de la boulangerie, des commerces ou de la banque, la bâtisse est au cœur de toutes les commodités.

Si la priorité est donnée aux personnes âgées ainsi qu’aux jeunes couples, les appartements ne sont toutefois pas protégés. «Mais je peux profiter de certains services, comme les repas de la cantine scolaire», précise Yvonne. 

 

© Frédéric Dubuis


Finalement, la Maison est un bâtiment comme un autre à la seule différence qu’il facilite l’échange et les rencontres. Un détail qui n’en est pas un aux yeux de la locataire. «Les enfants m’apportent énormément de bonheur, sourit l’arrière-grand-mère. Quand je les entends sortir, je viens spontanément les regarder jouer mais je ne veux pas les distraire.»

Difficile pourtant d’être discrète lorsque la porte d’entrée de la partie locative se situe sur le préau. Quand bien même, la présence d’Yvonne semble déjà naturelle. «Nous échangeons toujours quelques mots avec elle, confirment unanimement les maîtresses. Elle s’est très bien intégrée.» 

Des échanges de regard

A l’intérieur qui plus est, les escaliers sont entièrement vitrés pour donner lieu aux rencontres. Yvonne qui, pour rester en forme, ne prend jamais l’ascenseur, s’arrête toujours au bas des marches. «Il m’est impossible de ne pas m’arrêter», s’amuse cette dernière. Derrière la vitre, elle découvre d’un côté l’entrée de la crèche. De l’autre, le Chemin emprunté par les grands pour se rendre en classe.

Une troupe d’écoliers choisit ce moment pour faire son entrée. Tous ont un regard pour cette dame toujours souriante. Certains le lui rendent par un signe de la main énergique. «D’autres m’envoient même des baisers», confie Yvonne, épanouie. 

Un bonheur qui confirme que, bien souvent, le mot maison dépasse de loin la notion de simple construction.
 

© Sacha Bittel

"Les aînés d’aujourd’hui ont été à l’école, ils ont le profond désir de fuir la solitude et de participer à la vie sociale"

Auteur de nombreux ouvrages sur la question des générations et des relations intergénérationnelles, le professeur et docteur en sociologie Jean-Pierre Fragnière a participé au développement du projet de la Maison des générations de Saint-Martin. Interview. 
 
Jean-Pierre Fragnière, vous avez suivi de près le projet de la Maison des générations. Dites-nous-en plus sur le concept…
Il y avait la volonté à Saint-Martin de rendre le village vivant et de faire quelque chose pour les aînés. Pour cela, il faut développer des solutions pour que les familles restent. Créer des lieux où toutes les générations peuvent se rencontrer au même endroit. On a souvent cherché des endroits calmes pour les aînés mais au contraire, il ne faut surtout pas faire de ghetto mais les laisser vieillir au cœur de la cité. Le concept d’intergénération est une mécanique qui crée des occasions de rencontres, car la pire des choses est la solitude. Elle tue. Seuls, les aînés sombrent dans la passivité. Ils deviennent silencieux et s’éteignent. Comme une bougie. En provoquant des rencontres, on instaure une certaine continuité. 

Le concept d’intergénération n’existait pas il y a de cela quelques années. Comment expliquer son émergence?  
On a fait face à la réalité. On ne claque plus et les vieux s’entassent! Du temps de mon père, je devrais être mort. Et pourtant, à 73 ans, j’ai encore une génération devant moi. L’histoire n’a jamais vécu cela. La joyeuse horreur de la non-mort. Les aînés d’aujourd’hui ont été à l’école, ils ont le profond désir de fuir la solitude et de participer à la vie sociale, d’être des citoyennes et des citoyens jusqu’au bout. Pour cela, il faut des structures qui leur permettent de l'être.

Le concept de la Maison des générations est donc, selon vous, un exemple à suivre? 
Il faut absolument garder les solidarités locales. Si le mot intergénération était inconnu il y a peu, on développe désormais des projets pour pouvoir rester chez nous, ensemble. Il est toutefois faux de vouloir seulement mettre des bébés sur les genoux des mémés. Nous devons créer des occasions qui réunissent tous les âges. En Valais, il y a plein d’initiatives qui vont dans ce sens et c’est très bien. Il faut que les autorités communales continuent de faire un effort intergénérationnel, une notion qui existe désormais bel et bien dans tous les esprits.


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