20.05.2017, 00:01  

L’hégémonie de Vitek fait loi

chargement
Le Cry d’Er Club Altitude, un des gros investissements de 2016 pour CMA.

L’actionnaire majoritaire de CMA aurait reçu une offre d’achat de 140 millions de francs.

On l’avait annoncée meurtrière, l’assemblée générale de CMA. On murmurait que la commune de Crans-Montana et les petits actionnaires menaçaient de refuser les comptes de la société anonyme détenue à 87% par le Tchèque Radovan Vitek. En cause, la réserve des trois organes de révision portant sur une supposition de surévaluation de la valeur comptable des immeubles rachetés par CMA à CMA Immobilier SA.

Le président de CMA, Philippe Magistretti, a fourni ses explications. Et l’assemblée s’est inclinée devant l’actionnaire majoritaire.

Pourquoi racheter 37 millions ce qu’on a vendu 17 millions?

En 2012, la société CMA Immobilier SA a été constituée par un apport en nature des restaurants et des parkings de CMA, inscrits au bilan à hauteur de 17 millions. Ayant du mal à dégager un profit, elle est exsangue en 2014 et doit chercher des fonds. Radovan Vitek réalise alors une augmentation de capital de 15 millions pour la sauver et devient propriétaire de 99,5% du capital. En 2016, CMA rachète ces mêmes immeubles à CMA Immobilier SA pour 37 millions et des poussières et les comptabilise à cette hauteur dans ses actifs. D’où ces interrogations: cette valeur est-elle conforme à ce que valent vraiment ces immeubles? Et pourquoi ces derniers ont-ils pris autant de plus-value en si peu de temps?

Philippe Magistretti a expliqué ce rachat en soulignant qu’entre-temps «le chiffre d’affaires des restaurants a doublé. Le Cry d’Er Club Altitude a été entièrement refait, et nous avons acheté l’Arnouva. Regardez le domaine, les 80 millions y sont.» De plus, le groupe CPIPG de Radovan Vitek aurait reçu une offre pour l’acquisition de la totalité des actions des sociétés CMA et CMA Immobilier pour un montant supérieur à 140 millions. «C’est pourquoi CPIPG ne pouvait plus envisager une vente à un prix inférieur.» Philippe Magistretti nous a indiqué qu’il s’agissait de Tatri, «un groupe leader au niveau européen en matière de remontées mécaniques. Alors qu’il aurait pu vendre, Radovan Vitek a investi 50millions de plus pour Crans-Montana.»

Quid des 9 millions prêtés par CMA à CPIPG?

Fin 2016, CMA a prêté de l’argent au groupe CPIPG. Neuf millions à 2,5%. «Pourquoi l’actionnaire de CMA emprunte de l’argent? Il n’a plus de liquidités?» se sont inquiétés les petits actionnaires. «Nous avions 9millions de liquidités en banque avec un intérêt négatif de 0,75%. Le groupe CPIPG nous donnait 2,5% d’intérêts positifs. C’était une opération gagnante pour CMA qui, après le mauvais mois de février, a récupéré cet argent.»

Présent, le banquier de la BCVs Pierrot Vuistiner a confirmé les dires de Philippe Magistretti. Tout comme Marc-André Ballestraz, expert-réviseur agréé de la fiduciaire Fidag SA. «Tout ce qui a été répondu ce soir est exact.»

La démission des organes de contrôle

Malgré tous ces éclaircissements, et en admettant n’avoir pas rencontré d’éléments leur permettant de conclure que les comptes n’étaient pas conformes à la loi, les trois organes de contrôle ont démissionné. «Je n’ai pas de soucis aujourd’hui pour la continuité de l’entreprise CMA. Ce sont des divergences de vues sur la manière de procéder qui m’ont amené à me retirer», explique Marc-André Ballestraz.

Et semble-t-il des problèmes d’incompatibilités d’humeur également.

L’ancien président de Chermignon dont la fiduciaire est aussi organe de contrôle, est plus sévère: «Il y a de vrais doutes sur la surévaluation comptable de CMA Immobilier. Nous avons fait notre travail en relevant ces inquiétudes aux actionnaires.»

Augmentation de capital

Quelques petits actionnaires ont demandé un contrôle spécial sur le rachat de CMA Immobilier par CMA. Philippe Magistretti n’est pas entré en matière. L’hégémonie de l’actionnaire principal (85,4% des actions) a ponctué la soirée. Difficile de faire entendre sa voix quand on a vendu ses actions et qu’on ne pèse plus rien. Une nouvelle augmentation de capital a été proposée aux communes pour 12,5 millions d’actions à 40 centimes, soit 5 millions de francs. Les municipalités ont trois mois pour y souscrire.

Le président de Crans-Montana, Nicolas Féraud, réserve la décision du Conseil mais souhaiterait investir sur un projet concret, savoir où va l’argent.

Il veut repartir sur des bases saines. «Nous devons des comptes à nos citoyens, tout en étant conscients du dynamisme et de la vision et des réalisations de CMA. Philippe Magistretti a pris note de nos revendications et s’est engagé à améliorer pas mal de choses, notamment la transparence.»


  Vous devez être identifié pour consulter cet article

Top