01.02.2012, 00:01  

Faux sourds-muets, vraie arnaque

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Par DAVID VAQUIN

CONTHEY - Depuis plusieurs mois, des ressortissants des pays de l'Est récoltent des fonds pour une pseudo association humanitaire sur les parkings des centres commerciaux. Mais tout est bidon.

Difficile de faire pire. La photocopie est de qualité médiocre. Les logos ont l'air d'avoir été dessinés à la main. Au fond de la page se bousculent une signature en pattes de mouches et un tampon illisible. Dans le formulaire, les premières entrées sont criblées de fautes: "Martini" à la place de Martigny et "Siere" qui perd un "r"...

Difficile de faire pire. La photocopie est de qualité médiocre. Les logos ont l'air d'avoir été dessinés à la main. Au fond de la page se bousculent une signature en pattes de mouches et un tampon illisible. Dans le formulaire, les premières entrées sont criblées de fautes: "Martini" à la place de Martigny et "Siere" qui perd un "r" mais se retrouve au passage avec le code postal de Sion. Sans compter les signatures complètement farfelues et l'écriture bizarrement identique entre les différentes colonnes. Le libellé est la cerise sur le gâteau: "Association régionale de certificat pour les enfants handicapés sourds-muets et les pauvres. Nous voulons construire un centre national et international." Tout sonne faux sur ce formulaire de récolte de dons. Et pourtant, l'arnaque fonctionne...

Le phénomène prend de l'ampleur

"Cela dure depuis bientôt six mois. C'est tous les jours le même cirque. Des jeunes, originaires des pays de l'Est, principalement des filles, ratissent les parkings des centres commerciaux de Conthey et tentent d'obtenir de l'argent. Elles se font passer pour des sourdes-muettes. En général, elles visent les personnes âgées" , déplore un membre d'Altras, agence responsable de la sécurité du magasin Media Markt. Selon lui, le phénomène a pris de l'ampleur: "Au début, c'était plus épisodique. Maintenant, nous les chassons cinq à six fois par jour. En général on confisque leur cartable avec les faux formulaires mais elles réapparaissent immédiatement avec de nouveaux documents. Une personne plus âgée avec une voiture doit servir de complice."

Confirmation jeudi passé sur le parking de Conforama. Deux adolescentes sont à l'oeuvre. La sécurité de Media Markt a déjà sévi plusieurs fois dans la journée. Elles sont donc sur leurs gardes. Réaction immédiate, dès qu'elles voient du mouvement, les filles se séparent et prennent la poudre d'escampette. L'une des deux se débarrasse au passage du cartable derrière une paroi. "Ça ne va pas changer grand-chose, dans vingt minutes, elles seront de retour. Nous ne leur faisons pas du tout peur. On commence presque à les connaître à force. Heureusement, elles ne manifestent aucune agressivité lorsque nous les contrô- lons" , relève l'agent de sécu- rité.

La police passe à l'action

Du côté des forces de l'ordre, le phénomène est connu. Jean-Marie Bornet, chef information et prévention de la police cantonale a même été confronté à cette situation récemment dans un parking contheysan: "Au début, la fille prétendait être muette. Quand j'ai précisé que j'étais policier, elle a soudainement retrouvé la voix..."

Consciente et informée du problème, la police cantonale, en collaboration avec les polices municipales, a mis sur place un dispositif de surveillance. "La semaine dernière, nous avons arrêté un homme d'origine roumaine. Nous réalisons de nombreux contrôles, mais il est difficile de lutter contre ces personnes qui reviennent systématiquement à la charge. Récemment, à Genève, une affaire similaire a été résolue. Accusés d'escroquerie, les protagonistes ont été renvoyés dans leur pays d'origine. Nous essayons de travailler dans cette voie."

Ne pas tomber dans le panneau

Jean-Marie Bornet insiste sur le fait que la lutte contre la mendicité et ce genre de petites arnaques est une priorité de la police: " Nous ne voulons pas que ce phénomène s'installe en Valais. Le meilleur moyen pour résoudre le problème est de rester vigilant et de ne pas tomber dans le piège. Si tout le monde fait attention, les arnaqueurs iront rapidement voir ailleurs."

LES RESPONSABLES DES MAGASINS EN ONT MARRE

"Nos clients sont fatigués d'être accostés par ces personnes. Je trouve aussi que c'est scandaleux de pénaliser les vrais handicapés avec de tels agissements. Je précise que nous ne sommes pas responsables si les personnes tombent dans le panneau. Nous ne pouvons que les inciter à la plus grande prudence."Patrick Follonier , responsable des ventes chez Media Markt.

"Les arnaques dans les parkings représentent actuellement un problème à Migros Conthey. Nous mettons tout en oeuvre pour le maîtriser afin de réduire les nuisances pour nos clients. Nous téléphonons plusieurs fois par jour à la police. Les agents passent beaucoup de temps à surveiller notre parking et ceux des commerces alentours. Nous informons également les clients à l'aide d'affichettes. Ce problème ne concerne pas uniquement Migros, mais également tous les commerces alentours. Des démarches sont en cours pour apporter une solution efficace dans les plus brefs délais. La commune a d'ailleurs été interpellée à ce sujet."Mélanie Zuber , porte-parole de Migros Valais. DV

REACTION D'OLIVIER SALAMIN, PRESIDENT DU FORUM HANDICAP VALAIS

"Nous condamnons fermement toute forme d'instrumentalisation du handicap. Dans une période où les lois se durcissent et où l'on parle beaucoup de suspicions de fraude, de tels agissements ne favorisent vraiment pas notre combat. De surcroît, au vu de la situation économique tendue, il est vraiment nécessaire que les dons aillent au bon endroit. Si des personnes veulent faire des donations et qu'elles ne savent pas où s'adresser, le Forum Handicap Valais qui regroupe trente partenaires officiels peut les aider à s'orienter. D'un point de vue pratique, même s'il est encore peu utilisé en Suisse romande, nous recommandons l'utilisation du label Zewo. Cette certification prouve que l'argent est utilisé à des fins utiles. Les associations qui utilisent ce label sont obligées de montrer leurs comptes qui sont ensuite contrôlés. C'est un véritable gage de transparence." DV


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