30.09.2016, 00:01  

Portrait au vitriol pour une sanction de ouate

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Oskar Freysinger, Esther Waeber-Kalbermatten et Philipp Spörri, chancelier, ont présenté hier le rapport sur Jean-Marie Cleusix.

 30.09.2016, 00:01   Portrait au vitriol pour une sanction de ouate

Par Stéphanie Germanier

Si le désormais professeur dysfonctionne, il sera licencié.

«Certains collaborateurs étaient proches des larmes. Il y avait beaucoup d’émotion durant les auditions. On sentait les gens soulagés d’être libérés de la peur.» Philipp Spörri, chancelier du Conseil d’Etat, qui a piloté le groupe de travail chargé de faire la lumière sur le comportement de Jean-Marie Cleusix au sein du Service de l’enseignement, est plus qu’explicite. L’ancien...

«Certains collaborateurs étaient proches des larmes. Il y avait beaucoup d’émotion durant les auditions. On sentait les gens soulagés d’être libérés de la peur.» Philipp Spörri, chancelier du Conseil d’Etat, qui a piloté le groupe de travail chargé de faire la lumière sur le comportement de Jean-Marie Cleusix au sein du Service de l’enseignement, est plus qu’explicite. L’ancien chef de service, devenu professeur au collège de l’Abbaye de Saint-Maurice, a clairement dysfonctionné dans ses rapports humains et hiérarchiques. «Cassant», «arrogant», «vantard» sont les qualificatifs utilisés par le chancelier pour décrire la personnalité clivante qui a régné durant plus de deux ans sur l’école valaisanne. Or malgré un portrait rédigé à l’encre vitriolée, le traitement de ouate qui lui a été réservé via un replacement en tant que professeur n’est pas remis en question. Il est même qualifié par le Conseil d’Etat de «sanction» vu qu’il y a déclassement et donc baisse de salaire. Les enseignants devraient apprécier.

Exagérément blessant

Le groupe de travail, notamment composé de spécialistes des ressources humaines de l’Etat et de personnes internes au département, a auditionné une vingtaine de collaborateurs déliés de leur secret de fonction. Au final, les appréciations sur l’homme ne sont pas tendres, même si les auditeurs saluent «l’excellente gestion du service par Jean-Marie Cleusix, notamment au niveau des finances». Et de reconnaître que le nouveau chef partait avec un handicap de taille dès son entrée en fonction, à savoir la tempête médiatique autour de ses non-paiements d’impôts. «Cette affaire ainsi que sa mission de bouleverser les habitudes en place au sein du service peuvent expliquer une certaine hostilité à l’égard de Jean-Marie Cleusix», dit le rapport pour préciser les conflits qui ont suivi. Dysfonctionnements qu’Oskar Freysinger a résumés en une phrase: «C’est l’être qui a posé problème, pas son action.»

Les presque vingt pages rédigées par le groupe de travail ne dissimulent rien des problèmes relationnels du chef déchu. On lui reproche par exemple «un ton abrupt, exagérément cassant voire blessant». «Il confondait autorité et pouvoir et était désireux de l’exercer sans partage». La parole de Jean-Marie Cleusix a plusieurs fois été qualifiée de non fiable. Des collaborateurs auraient également été contraints de se dédire, leur chef ayant changé d’avis entre deux.

Le rapport parle aussi de promesses non tenues, de propos exagérés et d’informations dissimulées. Il pouvait ainsi lancer de fausses rumeurs ou encore faire croire à tort à ses services qu’un ordre venait d’Oskar Freysinger. Et le portrait peu flatteur ne s’arrête pas là: réprimandes, pressions, jeux de pouvoir. Ce qui fait conclure au groupe de travail que plusieurs démissions déjà dénoncées dans le service sont possiblement dues à ses méthodes, mais pas toutes.

Ghostwriting pas prouvé

Il ressort par ailleurs de l’enquête que Jean-Marie Cleusix a confondu vies privée et professionnelle en entretenant une relation privée avec la responsable du secondaire II. Impossible en revanche de vérifier les soupçons d’enregistrements de séances qui lui sont reprochés. Quant aux accusations qui affirmaient que le chef du Service de l’enseignement aurait aidé une étudiante de la HEP dans ses travaux, elles n’ont également pas pu être totalement avérées.

Le Conseil d’Etat a pourtant et lui aussi finalement conclu que, malgré cette longue liste de griefs, la nomination de Jean-Marie Cleusix au poste de professeur à Saint-Maurice est une sanction suffisante. Mais ce replacement constitue un dernier sursis. «En cas de problème de comportement dans sa nouvelle activité, il sera procédé à son licenciement immédiat», a fait savoir Esther Waeber-Kalbermatten, présidente du gouvernement. Le professeur sera surveillé et fera l’objet d’un rapport annuel.

Chef inapte, prof adapté

Reste la question de savoir si une personnalité si clivante est bien à sa place face à une classe d’élèves. Et pour Oskar Freysinger et le Conseil d’Etat, la réponse est oui. «Il avait un problème dans un poste où hiérarchiquement il avait du pouvoir. Il a enseigné durant vingt-sept ans avant cela sans problème et les échos que j’ai de professeurs ou de parents d’élèves sont bons. D’ailleurs je remercie toutes ces personnes de lui avoir donné sa chance», a ajouté le ministre, qui a encore précisé que le processus de recrutement de son remplaçant à la tête du service est en cours. Une vingtaine de postulations seraient entrées et les auditions vont débuter. Oskar Freysinger promet une nomination rapide, mais sans précipitation. «Oui, je me suis planté avec Cleusix et je l’ai déjà dit. Je ne veux pas revivre ce que j’ai vécu. C’est bon, j’ai donné.» La balle est désormais dans le camp de la Commission de gestion du Grand Conseil, qui a reçu hier matin ce rapport.

De son côté, Jean-Marie Cleusix n’a pas répondu à nos appels.


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