11.02.2017, 00:01  

«Les Valaisans doivent choisir entre deux mondes, au 1er tour déjà»

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«Les Valaisans doivent choisir entre deux mondes, au 1er tour déjà»

 11.02.2017, 00:01   «Les Valaisans doivent choisir entre deux mondes, au 1er tour déjà»

CANDIDAT - Christophe Darbellay vit une campagne plus compliquée que prévu. Il se pose en futur leader du gouvernement et pourtant la candidature de Nicolas Voide sur la liste Ensemble à droite le menace directement.

Vous êtes d’accord avec moi si je vous dis que depuis l’automne dernier, votre campagne peut se résumer par la phrase «rien ne se passe comme prévu»?

Une campagne n’est jamais jouée d’avance. Elle est souvent faite de surprises, de rebondissements et c’est le rôle d’un politicien de garder la hauteur de vue et le cap pour imposer des...

Vous êtes d’accord avec moi si je vous dis que depuis l’automne dernier, votre campagne peut se résumer par la phrase «rien ne se passe comme prévu»?

Une campagne n’est jamais jouée d’avance. Elle est souvent faite de surprises, de rebondissements et c’est le rôle d’un politicien de garder la hauteur de vue et le cap pour imposer des thèmes et des visions. Mais c’est vrai, elle est surprenante.

De vos aveux sur votre enfant hors mariage ou de l’entrée en lice de Nicolas Voide sur la liste Ensemble à droite, lequel de ces événements vous met-il le plus en danger?

Dans la vie, lorsque l’on fait des erreurs, il faut en assumer les responsabilités. C’est le rôle d’un homme comme d’un politicien. Je ne compare pas ces deux événements. L’un a trait à la politique, l’autre est une affaire privée qui regarde mon épouse et ma famille.

Est-ce que ça veut dire que vous avez réglé vos comptes avec votre parti sur le fait que vous n’avez pas annoncé votre paternité lors du congrès?

Absolument. Et puis on ne parlerait plus de cela si Nicolas Voide n’avait pas fait acte de candidature sur la liste UDC. Pour le reste, chaque vie humaine doit être respectée et chaque enfant a le droit de grandir en paix.

Nicolas Voide et ses soutiens ne le disent pas, mais au fond n’est-ce pas votre affaire privée qui leur pose problème plus que votre soi-disant positionnement au centre?

J’ai toujours été au centre-droit et un humaniste. Je constate que cette frange dont vous parlez n’est pas aussi monolithique qu’auparavant. S’il avait perdu les primaires à la loyale, des PDC auraient pu tolérer une candidature dissidente de Nicolas Voide, mais jamais en association avec un parti et une personne dont le seul but est de diviser ou de détruire la famille PDC pour faire oublier un bilan, des affaires et des fréquentations discutables. Et puis il y a ce programme bricolé sur le coin d’une table en huit jours. Son contenu est calamiteux pour le Valais.

Avez-vous, à un moment ou à un autre, hésité à tout arrêter?

Non. Ce n’est pas mon caractère. Cela m’a rendu plus humain.

Est-ce que votre campagne serait différente sans la concurrence d’Ensemble à droite?

Cette opération de l’UDC a eu le mérite de déclencher une mobilisation sans précédent au sein du PDC et plus largement dans la population. La société civile, des libéraux-radicaux, des verts, des socialistes s’engagent. Ils se disent que le Valais mérite mieux que ça et qu’il est hors de question d’offrir à l’extrême droite un deuxième ou un troisième siège. Tout le monde voit bien que Sigrid Fischer-Willa et Nicolas Voide sont totalement dépendants du «maître» de Savièse.

On a l’impression que la seule réponse que vous donnez à cette OPA de droite, c’est moi aussi j’y suis…

Faux. Je suis au centre-droit. Mais Ensemble à droite a un tel problème de représentation spatiale que pour eux tout le monde est à gauche, même Jacques Melly qui était un patron d’entreprise et qui sait, lui, ce que c’est de verser des salaires tous les mois. Cela fait partie de la dialectique de l’UDC de mépriser tout ce qui est différent d’elle et de le stigmatiser. C’est pour cela que le 5 mars les Valaisans devront dire s’ils veulent un Valais de l’ouverture ou de la fermeture. Un Valais tourné vers demain ou qui regarde dans le rétroviseur. Un Valais qui se rassemble autour de vraies ambitions ou qui adhère à un projet, monté de toutes pièces pour détourner l’attention quitte à mépriser l’être humain.

Vous sentez-vous en position de force pour être la personnalité la mieux élue du canton ou, au contraire, vous sentez-vous menacé dans cette élection?

J’ai l’impression d’être un cycliste qui court un contre-la-montre. Je donne tout, mais c’est uniquement à la fin de la course qu’on connaît son résultat. Ce que je sais, c’est que je me battrai jusqu’au bout pour un Valais ouvert, positif, au centre-droit. L’attaque est sérieuse. Je ne sous-estime pas l’adversaire.

Votre duel avec Oskar Freysinger est monté en épingle. N’est-ce pas pour faire oublier le vrai duel que vous devez mener dans votre district contre Nicolas Voide?

Il n’y aura pas de combat de coqs ce printemps. Les Valaisans décideront s’ils veulent que quelqu’un au sein du gouvernement puisse fixer des limites au chef de l’éducation. Le reste n’est destiné qu’à détourner l’attention des vrais enjeux et d’un bilan médiocre.

Que pèse le Valais conservateur?

Je n’en sais rien. Ce que je sais par contre, c’est que les résultats seront illisibles car les conservateurs se retrouvent dans tous les partis de gauche à droite.

Certains voteront-ils pour vous?

Sûrement. Il y a nombre de conservateurs qui ont des ambitions pour notre canton. De grands projets passeront inévitablement par l’axe Valais-Berne. Que ce soient la péréquation financière ou d’autres dossiers d’importance cantonale comme l’énergie ou l’aménagement du territoire. Je vois mal une personne ne maîtrisant pratiquement pas les langues et sans relais politiques ou économiques hors canton défendre efficacement nos intérêts.

La campagne est extrêmement dure. Si vous êtes élu, c’est parce que vous aurez dû promettre beaucoup et à tout le monde. Aurez-vous vraiment les coudées franches pour gouverner?

C’est clair. Je fais nettement moins de promesses que d’autres, car je me sens tenu de les réaliser. Ces dernières semaines, j’ai rencontré beaucoup d’entrepreneurs. Je me souviens notamment d’un échange avec une quarantaine d’agriculteurs, un tiers PDC, un tiers PLR, un tiers UDC, plutôt conservateurs. J’ai ressenti chez eux de grandes attentes et une certaine déception. Je ne leur ai pas promis trois milliards de francs. Tout ce que je peux leur promettre, c’est de l’écoute, du concret et un engagement total.

Il y a tellement d’attentes envers vous, peut-être même tout autant qu’envers Oskar Freysinger il y a quatre ans. Forcément, vous ne pourrez que décevoir?

Si je suis élu, je voudrais déjà bien faire le travail qu’on pourrait me confier et pas seulement comme chef de département, mais comme conseiller d’Etat. Comme membre du gouvernement, je serais attentif aux autres dossiers et je veillerais à ce qui se passe au sein de l’administration tout en restant proche du terrain et de la population.

Si on vous écoute, on entend que, pour vous, ce sont les départements de la formation et de l’économie qui vous intéressent et rien d’autre. C’est le cas?

J’ai toujours dit que c’était le Département de l’économie, du territoire et de l’énergie qui m’intéressait le plus. C’est là qu’il y a une véritable marge de manœuvre pour faire avancer ce canton, pour booster son économie, maintenir et créer des emplois. Quant à la formation, j’ai toujours regretté que le PDC ait trop longtemps délaissé ce dicastère. C’était une erreur, même si, lorsqu’il était en mains PLR, l’école a été très bien gérée par les Comby, Sierro et Roch.

Vous tressez des louanges au PLR…

C’est 49% de mes gènes, le côté maternel de Martigny-Bourg.

L’offensive d’Ensemble à droite n’est-elle justement pas l’occasion de faire se rapprocher les droites dites raisonnables, PDC et PLR donc…

Ce n’est pas le moment de tirer des plans sur la comète. La proximité entre nos deux partis est évidente, mais notre histoire dans le canton est longue et compliquée. Ce qui se passe va sans doute nous forcer à une collaboration plus étroite, mais tout cela est quelque chose qui ne se construit pas sur un coin de table en huit jours.

En prévision d’un deuxième tour, notamment si Ensemble à droite fait un très bon score…

Nous parlerons du deuxième tour après le 5 mars. Ce qui est clair, c’est que les Valaisans devront faire un choix entre deux mondes au premier tour déjà. Cette compétence appartient au parti pas à un candidat.

Avec qui avez-vous envie de gouverner? Stéphane Rossini ou Esther Waeber-Kalbermatten?

C’est une affaire interne au PS. Aux Valaisans de choisir, j’ai bien assez à m’occuper de ma campagne. Esther Waeber-Kalbermatten est une femme, social-démocrate, plutôt pragmatique. Stéphane Rossini a une grande expérience, il est d’une nature plus militante.

Stéphane Rossini vous mettait dans le même panier que lui et Roberto Schmidt lorsqu’il parlait des prochaines forces vives du gouvernement. Vous ne lui rendez pas la pareille?

C’est gentil de sa part. Mais je le répète, il s’agit d’une primaire au sein du PS.

Avec qui pourriez-vous gouverner? Oskar Freysinger, Thierry Largey ou Jean-Michel Bonvin?

Je suis capable de travailler en équipe avec celui que le peuple aura élu. Même Oskar Freysinger. Nos relations humaines sont bonnes. Elles dépassent les clivages politiques.

Pourtant les coups échangés entre vous sont très violents…

Les attaques mensongères dans cette campagne sont pitoyables. Mais une fois la campagne passée, les choses seront apaisées car notre possible présence à tous les deux au gouvernement permettra de recréer un équilibre. Chacun devra se mettre au travail pour le bien commun.

Vous allez donc collaborer avec Oskar Freysinger?

Je n’imagine pas qu’il puisse ne pas être élu, alors oui, si cela est mon cas aussi, il ne sera pas seulement possible, mais indispensable de travailler ensemble.

Vous voulez pourtant lui piquer la formation…

La formation, c’est la ressource numéro un de notre pays. L’école est le vrai enjeu de société du canton et elle va bien, malgré les scandales, grâce aux hommes et aux femmes qui s’engagent tous les jours pour elle. Alors oui, si je fais une voix de plus que lui, je revendiquerais la formation. Il faudra préalablement modifier un règlement du Conseil d’Etat. stéphanie germanier


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