14.09.2017, 15:30  

Les Rohingyas, sacrés, massacrés, la chronique de Viviane Cretton

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Viviane Cretton, anthropologiste.

 14.09.2017, 15:30   Les Rohingyas, sacrés, massacrés, la chronique de Viviane Cretton

Depuis la guerre fratricide en ex-Yougoslavie, l’expression de purification ethnique s’est tellement imprégnée dans nos esprits qu’on ne se rend plus compte qu’il est illogique de définir comme «ethnie» une partie de la population qui se trouve être de religion musulmane. Une appartenance religieuse n’est pas une identité ethnique. Quoi qu’il en soit, lundi, le Haut-Commissaire des Nations Unies aux droits de l’homme a dénoncé, en ce qui concerne les Rohingyas au Myanmar, un...

Depuis la guerre fratricide en ex-Yougoslavie, l’expression de purification ethnique s’est tellement imprégnée dans nos esprits qu’on ne se rend plus compte qu’il est illogique de définir comme «ethnie» une partie de la population qui se trouve être de religion musulmane. Une appartenance religieuse n’est pas une identité ethnique. Quoi qu’il en soit, lundi, le Haut-Commissaire des Nations Unies aux droits de l’homme a dénoncé, en ce qui concerne les Rohingyas au Myanmar, un «exemple classique de nettoyage ethnique».

La minorité musulmane des Rohingyas en Birmanie est victime de discriminations et d’exactions depuis que le bouddhisme a été imposé comme religion d’Etat, à la suite d’un coup d’Etat en 1962.

Les Rohingyas sont devenus apatrides en 1982, lorsqu’une loi sur la nationalité birmane les a dépourvus de toute citoyenneté, en ne les reconnaissant pas comme «une ethnie nationale». Ils ont dès lors été privés de tout droit politique, économique et social, au nom d’une interprétation de l’histoire contestée. Pour certains historiens, ils viennent de l’Arakan en Birmanie. Pour d’autres, ils descendent de commerçants et de soldats arabes, ou autres, convertis à l’islam au XVe siècle. Les discours officiels birmans les accusent d’avoir été amenés et favorisés par les colons Britanniques au détriment des autres ethnies birmanes (suivant la politique coloniale du «diviser pour mieux régner»).

Aujourd’hui, dans la société birmane, leur nom est devenu «sale», «interdit», «tabou», au point qu’il se prononce difficilement à voix haute. Ceci explique (en partie seulement) pourquoi la conseillère spéciale du gouvernement birman, Aung San Suu Kyi, ne peut se risquer à parler ouvertement à l’extérieur de ceux dont le nom est honni à l’intérieur. Un tel mutisme s’explique encore par le fait que le bouddhisme est communément perçu comme une religion de paix, à l’inverse de l’islam. L’idée de bouddhistes massacrant des musulmans est difficile à concevoir.

La figure de l’apatride Rohingya, comme celle de tout déporté qu’il soit juif, musulman ou tzigane, évoque ici la condition de l’homo sacer. Dans le droit romain archaïque le statut d’homme «sacré» servait à désigner une personne bannie de la société qui pouvait être tuée par n’importe qui, en toute impunité.

Pour citer Agamben: «Quand ses droits ne sont plus des droits du citoyen, l’homme alors est vraiment sacré dans le sens que donne à ce terme le droit romain archaïque: voué à la mort.» 
 


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