01.12.2017, 15:15

Plongée dans le quotidien des SDF en Valais

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 01.12.2017, 15:15 Plongée dans le quotidien des SDF en Valais

SOLIDARITE La structure d’urgence de Chez Paou à Sion, qui accueille les sans-abris pour la nuit, ferme entre 9 et 17 heures. Les résidents doivent ainsi s’occuper pendant la journée. Certains passent du temps à la Médiathèque.

Il est 8h30. Les huit résidents de la structure d’accueil d’urgence de Chez Paou à Sion savent qu’il leur reste une demi-heure avant de devoir quitter les lieux pour la journée. La maison ferme tous les jours de 9 à 17 heures. «Le dimanche est le plus difficile à gérer, car rien n’est ouvert. L’été, ça va, parce qu’on...

Il est 8h30. Les huit résidents de la structure d’accueil d’urgence de Chez Paou à Sion savent qu’il leur reste une demi-heure avant de devoir quitter les lieux pour la journée. La maison ferme tous les jours de 9 à 17 heures. «Le dimanche est le plus difficile à gérer, car rien n’est ouvert. L’été, ça va, parce qu’on peut aller dans les parcs, mais l’hiver, c’est compliqué», lance Antonio (52 ans) en terminant son café. Ce Valaisan loge dans la structure depuis six mois. «J’ai eu un accident de travail. Comme j’étais indépendant, j’ai tout perdu.»

Tous ont vécu la même descente aux enfers

Autour de la table ce jour-là, chacun se reconnaît dans sa descente aux enfers. Une pierre dans les rouages et la personne peut tout perdre. Tant matériellement qu’au niveau de l’entourage. «On est très seul quand cela tourne mal. Les gens s’éloignent», lance l’une des résidentes (43 ans), résignée.

Louve* (44 ans) opine du chef. «On nous regarde comme des pestiférés.» Cette maman de trois enfants – tous placés dans des familles d’accueil – accepte de témoigner ouvertement. Ou presque. «Je veux bien dévoiler mon visage, mais pas mon prénom.» Elle choisit ensuite le surnom de «Louve» pour la définir. «Cela me colle bien à la peau», sourit-elle.

La médiathèque, un refuge paisible

Comme ses camarades d’infortune, Louve devra s’occuper toute la journée hors de la maison. «Je vais aller à la Médiathèque. J’y suis tranquille. J’ai mes habitudes maintenant.» Elle ne choisit pas ce lieu pour la lecture – «Je ne lis même pas les journaux» – mais pour regarder ses séries favorites comme «Esprits criminels» sur son natel. «C’est donc important qu’il y ait du Wifi.» Parfois, elle s’autorise à boire un café «si le budget le permet.»
Louve se rendra aussi dans un commerce pour s’acheter son repas de midi. «Souvent je prends un sandwich. Je regarde ce qui est en action. Le soir et le matin, par chance, nous pouvons manger à la maison.»

Aucune vague sur la voie publique

Plusieurs résidents se rendront à l’Hôtel-Dieu, la structure sédunoise offrant des repas de midi à 5 francs. «C’est ouvert de 10 à 16 heures; cela permet de nous occuper», note Antonio. L’essentiel pour lui, comme pour les autres résidents, est de ne pas déranger la population. A mille lieues du cliché du SDF passant ses journées à boire de l’alcool. «Pour le moment, nous n’avons pas de problème avec ces personnes dans les rues de Sion», confirme d’ailleurs Cyrille Fauchère, le conseiller communal en charge de la sécurité.
Ce jour-là, Antonio a rendez-vous chez son médecin. Il ne s’ennuiera donc pas. Idem pour un couple de la maison. «On passera la journée à chercher un appartement», raconte la dame. Après avoir subi des violences domestiques et être tombée dans l’alcoolisme, elle se reconstruit peu à peu. «J’ai été sevrée. Mon copain m’aide à ne pas replonger.»

Chacun passe sa journée seul

L’heure tourne. Les résidents sortent de la maison. Louve se dirige immédiatement vers la Médiathèque. Un lieu que rejoignent aussi souvent les autres personnes de la structure d’accueil. «Mais on ne reste pas ensemble. Et puis, je suis très solitaire», ajoute Louve. Elle se dit plus sereine depuis son arrivée à Chez Paou il y a près de deux semaines. «J’ai enfin un toit et tout le monde est gentil ici.»

 

A la médiathèque, Louve regarde des films sur son natel et écoute de la Musique. © Héloïse Maret

 

Fille de mère alcoolique et violente, Louve a un parcours chaotique. Placée chez sa grand-mère à six mois, elle a dû «prendre la direction de la famille à 7 ans»; sa grand-mère ayant complètement démissionné de son rôle. Placée de foyer en foyer, elle vivote. «Je n’ai pas de formation; j’ai juste été vendeuse-caissière sur le tard, mais cela s’est mal passé. Comme lorsque j’étais enfant, j’ai été le souffre-douleur.»
Pas d’emploi, une Santé fragile et des ennuis à répétition. Louve a enchaîné les galères. «J’ai fait plusieurs TS.» «TS?». «Des tentatives de suicide. Je les appelle comme ça.», lance-t-elle avant de reprendre son natel pour choisir un film. «Parfois, cela passe vite; parfois pas. Cela dépend des jours.»

L’accueil d’urgence de Chez Paou affiche complet

La structure d’accueil d’urgence de Chez Paou à Sion affiche quasi toujours complet. «Nous avons déjà une augmentation de la fréquentation par rapport à 2016 alors que l’année n’est pas terminée», souligne Valérie Luisier, la responsable du secteur d’accueil. 219 personnes ont été hébergées jusqu’à fin novembre 2017 contre 206 pour 2016. Le nombre de nuitées se monte déjà à 2175.

Récolte de fonds lancée

La structure propose un lit, le déjeuner et le souper, une lessive, une douche et un accompagnement social. La personne est logée pour quatre nuits, puis elle peut obtenir une prolongation de mois en mois. «Un jeune est resté une année. Il n’y a pas de limite», précise Valérie Luisier. Si la plupart des gens trouvent un logement ou une place en institution, certains repartent sans avoir trouvé de solution. Chez Paou lance ainsi sa récolte de fonds dans un contexte de besoins croissants. 


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