13.06.2017, 11:55

Le cinéaste d'Ayent Raphaël Blanc conte les voyages extraordinaires d'Ella Maillart, inspiratrice de liberté

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Aux côtés notamment de l'ancien directeur du Musée de l'Elysée Daniel Girardin, le réalisateur valaisan Raphaël Blanc a tourné durant une dizaine de jours au Kirghizistan, sur les terres du livre d'Ella Maillart "Des Monts célestes aux Sables rouges".

 13.06.2017, 11:55 Le cinéaste d'Ayent Raphaël Blanc conte les voyages extraordinaires d'Ella Maillart, inspiratrice de liberté

cinéma Le réalisateur valaisan Raphaël Blanc consacre un très beau documentaire à l’écrivaine-voyageuse genevoise, qui avait terminé sa vie à Chandolin il y a vingt ans.

Le cinéma documentaire valaisan se porte bien. Et puise dans les utopies d’hier la nourriture pour les rêves de demain. Après «Sapinhaut – une bouffée d'air folk», de Pierre-André Thiébaud, qui fait revivre le Woodstock valaisan du début des années 70, un autre réalisateur du Vieux-Pays a choisi de se faire le passeur d’un regard d’ouverture sur le monde à travers la figure d’Ella Maillart, disparue il y a vingt ans.

«Une précurseure dans l'expédition»

Référence parmi les écrivains voyageurs – aux côtés des Nicolas Bouvier et Annemarie Schwarzenbach, qui fut une compagne d’aventure –, la journaliste et photographe genevoise est «un exemple pour la jeunesse», estime Raphaël Blanc. «C’est une précurseure dans l’expédition. Faire les voyages qu’elle a faits durant la première moitié du 20ème siècle, c’était exceptionnel. Particulièrement pour une femme.» Le réalisateur et producteur ayentôt, à qui l’on doit notamment un film sur Mike Horn, s’est donc intéressé à une aventurière d’un autre genre. Il a vu en Ella Maillart une figure «inspirante dans son désir de liberté» et dans son indépendance.
 
 

 

La vraie vie des nomades

Une réalité qui pour Raphaël Blanc confère au film une actualité forte. «Ella permet de réconcilier les peuples, car dans sa quête de vérité elle parle de paix, de vivre en paix avec les gens. Elle avait vécu la guerre de 1914 à travers ses parents, elle a fui celle de 1939 pour dire qu’elle ne voulait pas de cette Europe-là. Elle partait pour chercher la vraie vie des nomades. Il faudrait aujourd’hui des gens comme elle pour réconcilier un peu les choses…»
 
Raphaël Blanc, pourtant, connaissait peu Ella Maillart. «Je savais que c’était un personnage incroyable, j’en avais entendu parler comme les gens de mon âge, mais finalement je savais peu de choses sur elle.» Des reportages – peu – avaient été faits. Raphaël Blanc s’est appuyé sur deux d’entre eux, réalisés par la Télévision romande, «pour la rendre vivante» à travers des extraits d’interviews, enregistrés notamment à Chandolin.
 
Le réalisateur a questionné celles et ceux qui ont côtoyé Ella Maillart – des proches, des personnages de la culture romande, dont l’éditeur et journaliste Bertil Galland ou Daniel Girardin, ancien directeur du Musée de l’Elysée où sont archivés près de 20 000 clichés réalisés par Ella Maillart.

Tournage au Kirghizistan

C’est ce dernier, d’ailleurs, qui tend le fil rouge du récit en se faisant le narrateur de ces «voyages extraordinaires». Des voyages que Raphaël Blanc et Dominique Rappaz, coproducteurs de ce long métrage, ont pris le parti de réactualiser sur le terrain. Avec Daniel Girardin - «cavalier émérite», selon le réalisateur -, ils ont ainsi tourné durant dix jours, à cheval, dans les montagnes du Kirghizistan.
 
Ils ont refait le cheminement qui a été celui de Maillart dans son livre «Des Monts célestes aux Sables rouges», périple effectué en Asie centrale entre juillet 1932 et janvier 1993. A partir de ce voyage-ci, le documentaire raconte les trois principales aventures de l’écrivaine du voyage: le Kirghizistan, donc, ainsi que la Chine et l’Afghanistan.
 
Au travers de superbes images, dont certaines réalisées par drone, Raphaël Blanc n’a «pas voulu faire un film total, mais privilégier l’émotion qu’Ella dégage.» Et c’est pleinement réussi.
 

Dans les salles

«Les voyages extraordinaires d’Ella Maillart»…
… à Sion (Cinésion) les 14, 15 et 16 juin (les 15 et 16 en présence du réalisateur)
… à Martigny (Corso) le 15 juin à 20h30 (en présence du réalisateur)
… à Sierre (Le Bourg) le 19 juin à 20h30 (en présence du réalisateur)
… à Bex ( Grain d’ Sel) le 20 juin à 20h (en présence du réalisateur)

>> Retrouvez toutes les informations sur le site du film

Qui était Ella Maillart ?

Née le 20 février 1903 à Genève d’un père commerçant en fourrure et d’une mère danoise, sportive, Ella Maillart se passionne dès l’enfance pour la lecture de livres d'aventures et les cartes géographiques. Grande sportive, elle défendra les couleurs de la Suisse lors de quatre championnats du monde, entre 1931 et 1934. Elle pratique également très jeune la voile, participant aux régates olympiques de 1924.
 


Parmi la jeunesse russe

Cette même année, elle travaille comme matelot sur des yachts anglais sur l’Atlantique. Dactylo, voyageuse de commerce, modèle, actrice, doublure dans des films de montagne, elle se dit «perdue, excepté quand j'étais en mer ou quand je faisais du ski (…) Je ne vivais qu'à moitié. Tout ce que je voyais, tous ce que je lisais, me déprimait.»
 
A Berlin, en 1929, elle rencontre des émigrés russes. De là naît l’idée de deux reportages, l'un sur la jeunesse russe, un autre sur le cinéma soviétique. La veuve de Jack London l'aide financièrement à partir pour Moscou. En 1930, un éditeur parisien lui commande «Parmi la jeunesse russe», qui fait scandale à Genève. Deux ans plus tard, elle est encensée pour «Des Monts célestes aux Sables rouges», récit d’une exploration de l'Asie centrale jusqu'à la frontière chinoise, à la rencontre des nomades.
 

Avec Annemarie Schwarzenbach

En 1935, en Chine, elle accomplit avec le journaliste du «Times» Peter Fleming une expédition dans les contrées désertiques au nord du Tibet et au Sinkiang. Un périple retracé dans le livre «Oasis interdites» (1936). En 1939 paraît «La voie cruelle», récit d’un voyage vers l’Afghanistan avec la journaliste et romancière Annemarie Schwarzenbach.
 
Ella Maillart passe la Deuxième Guerre mondiale en Inde. «Elle va se transformer en faisant une forme de voyage intérieur, raconte l’ancien directeur du Musée de l’Elysée Daniel Girardin. Avant l’Inde elle cherchait les différences entre les gens, après l’Inde elle a recherché les ressemblances.»
 

A Chandolin «de la dernière à la première neige»  

Rentrée en Europe à la fin de la guerre, Ella Maillart s'établit à Chandolin, et y passe désormais six mois de l'année, «de la dernière à la première neige». En 1948, elle fait construire son chalet. Pendant trente ans (1957-1987), elle organise des voyages culturels, entraînant de petits groupes de touristes dans de nombreux pays d'Asie. Elle s’est éteinte à Chandolin le 27 mars 1997.

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