20.02.2013, 00:01  

La solitude du coureur de fond

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Par TEXTES, PIERRE MAYORAZ PHOTOS, SACHA BITTEL

CANTONALES 2013 - Dans les pas de Christophe Clivaz, candidat vert au Conseil d'Etat et professeur de tourisme à l'IUKB.

"Je ne suis pas du matin, je préfère travailler le soir" , avoue Chris tophe Clivaz. Le candidat vert au Conseil d'Etat rejoindra cependant le studio radio de la RSR vers 6 heures du matin pour préparer l'enregistrement d'une émission spéciale élections valaisannes diffusée de 6 h 30 à 7 heures sur les ondes du canton. Il n'en aura pas moins l'occasion de travailler le soir puisque sa journée ne prendra fin qu'à 23 h 30 et un autre débat, cette fois sur RTS2. Entre-temps, il aura aussi rempli ses obligations professionnelles d'en seignant à l'institut universitaire Kurt-Bösch, IUKB, et trouvé quelques minutes à consacrer à sa famille.

 

A Bramois en bus

 

Même si toutes les journées de la campagne ne ressemblent pas à ce lundi très chargé, il ne faut pas compter son temps pour gravir les échelons qui mènent au palais de la Planta. "Heureusement, mes obligations professionnelles n'exigent rien de pressant pendant cette période de l'année, pas de cours particuliers ou de publications urgentes" , relève Chris tophe Clivaz. Pas de quoi se reposer cependant. Le petit-déjeuner familial avalé, en vert engagé, Christophe Clivaz se rend à Bramois avec le bus qui part à 8 h 20 de l'avenue de la Gare.

C'est qu'à 9 heures, il répond à une interview téléphonique de l'Hôtel Revue qui s'intéresse à son point de vue sur l'hôtellerie touristique valaisanne. L'entretien dure, naturellement, un peu plus que la demi-heure prévue. Dès le téléphone raccroché, Christophe Clivaz lâche la vue sur Valère et Tourbillon et plon ge dans son écran d'ordinateur pour rattraper le temps perdu, du moins pour son travail.

A 10 h 45, il quitte son bureau, chausse ses baskets et s'en va courir au bois de la Borgne voisin. " Le sport me permet de conserver mon équilibre personnel tant physique que psychologique. Je regrette de ne plus en faire autant en groupe, mais je participe encore à quelquesépreuves de montagne comme Sierre-Zinal. J'aime particulièrement l'ambiance après la course" , explique Chris tophe Clivaz.

 

Presque seul contre tous

 

Le temps d'une douche et voilà notre coureur de fond déjà assis pour une séance interne de l'IUKB avec le sous-directeur et quelques élèves et doctorants. Pas le temps d'un repas, un sandwich fera l'affaire.

L'après-midi se pour suit par une rencontre avec l'une de ses étudiantes. Puis, encore ordinateur avant la réception officielle d'un nouveau professeur de l'IUKB à 18 heu res.

Retour devant les médias à partir de 19 h 30. Préparation du débat du soir sur RTS2 diffusé à partir de la Ferme-Asile. Tous les candidats au Con seil d'Etat y participent sous la houlette d'Eli sabeth Logean et le feu, modéré en l'occurrence, des questions de quelques jeunes politiques ambitieux du canton. Le candidat vert tient son rang au milieu de concurrents aguerris. Les quatre sortants peuvent évoquer et enjoliver à l'envi leur bilan.

Oskar Freysinger et Christian Varone s'éclairent l'un l'autre de la rivalité qui se reflète dans leurs casseroles. Ne restent que ses idées à Christophe Cli vaz.

Il les défend avec calme, sans éclats de voix mais sans concessions. A voir le visage de ses concurrents, certaines ne plaisent vraiment pas. Dif ficile en effet de défendre la loi Weber et la révision de la loi sur l'aménagement du territoire dans un Valais où la large majorité des citoyens les considèrent comme des trahisons. Mais notre coureur de fond gar de le cap, ne se lais se pas démonter et explique les chances que le Valais de demain peut et doit tirer de cette nouvelle donne. Christophe Clivaz ne siégera peut-être pas au gouvernement mais ses idées pourraient bien l'y représenter à brève éché an - ce.

 

IL A DIT ...

Ecole: "L'école valaisanne a bonne réputation sur le plan intercantonal. Je souhaiterais quand même une meilleure intégration des étrangers et des handicapés et une souplesse plus grande quant au nombre d'élèves."

Sécurité: " On met trop souvent ce sujet en avant. Plus grande ville du canton, Sion n'a rien d'un coupe-gorge. Mais je ne tombe pas non plus dans l'angélisme. La police doit disposer d'effectifs suffisants sur le terrain pour faire cesser un certain sentiment d'insécurité. Actuellement, on manque de policiers."

Chasse:"Le système valaisan marche bien et je ne voudrais en aucun cas payer des fonctionnaires pour effectuer les régulations nécessaires, comme à Genève."

Attaques:"Une m'a blessé à la Foire du Valais. Elle s'en prenait à ma famille. Autrement, j'entends sans cesse "tu es prof et tu ne connais rien aux réalités". Pourquoi ne pas rétorquer aux idées plutôt que de s'en prendre à l'homme ou à sa profession?"

Reines: "Importantes pour le tourisme mais on doit s'en servir avec modération pour ne pas tomber dans une symbolique nuisible au dynamisme cantonal."

Santé: "La concentration en cours me convient même si elle doit faire face à des egos qui freinent les réformes nécessaires."

Fiscalité: "Le Valais ne doit pas se lancer dans la sous-enchère. Les cantons alémaniques qui en ont abusé commencent à en essuyer les premières retombées négatives."

De Tamoil: "Perte d'emplois ou non, la raffinerie doit fermer si elle ne se plie pas aux demandes du canton. Nous n'avons que trop tergiversé, il en va de la santé des Valaisans."

Chaires EPFL: "Superbe idée à compléter par deux ou trois chaires en sciences sociales et humaines. Je crains cependant pour leur financement."

Christian Constantin: "Il a bien de la chance d'avoir les mêmes initiales que moi."

 

Du courage dans les opinions

COMMENTAIRE  Pierre Mayoraz

 

Naviguer à contre-courant, les verts en ont l'habitude, surtout en Valais. On se souvient d'une mémorable rossée indigne de la démocratie, de chasses au loup hors la loi, de projets touristiques terminés ou presque avant la mise à l'enquête publique et l'étude d'impact exigée par la loi. Volontiers frondeur et peu enclin à se laisser guider par ce qu'il appelle les diktats de Berne, le Valaisan en général n'aime guère ces individus qui s'en viennent lui expliquer ce qu'il doit faire pour sauvegarder la beauté de ses monts indépendants et de ses pâturages idylliques.

Puis est venu Franz Weber et son initiative. Les verts valaisans, une fois de plus à contre-courant, les ont soutenus. Le peuple suisse aussi. Arrive la votation sur la loi sur l'aménagement du territoire. Le Valais en veut encore moins. Les verts valaisans la soutiennent d'autant plus. Et en capitaine de cette vaillante cohorte écologiste, Christophe Clivaz n'hésite pas à monter en première ligne où les attaques, parfois sournoises, ne manquent pas. Mais l'homme fait front, ne renie rien de ses idées, celles qu'il enseigne à ses élèves de l'IUKB, celles qu'il met en pratique dans la vie de tous les jours. Qu'il nous pardonne, mais ses chances d'élection à l'exécutif cantonal ne remplissent pas un dé à coudre. Qu'à cela ne tienne, le courage de Christophe Clivaz, à défaut de sa doctrine, devrait bousculer certaines frilosités. De quoi lancer le Valais sur les rails du XXIe siècle au lieu de l'immobiliser à la gare des pleurnicheries.


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