20.05.2017, 00:01  

L’amiante tue encore en Valais

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Manuel Fernandes à l’hôpital de Martigny le lundi 1ermai: «Certains anciens collègues de travail sont peut-être en danger. Qu’ils se fassent contrôler.»

 20.05.2017, 00:01   L’amiante tue encore en Valais

Par gilles berreau

En Suisse, 15% des maladies professionnelles sont liées à l’amiante. En Valais, il tue quatre personnes par an. Témoignage posthume d’une victime.

Manuel Fernandes avait 58 ans lorsqu’il est décédé d’un cancer des poumons il y a quelques jours à l’hôpital de Martigny. Une maladie professionnelle contractée dans les années 80 et 90, lorsque ce Portugais travaillait avec du matériel contenant de l’amiante dans un atelier d’Evionnaz.

Mais ce n’est que l’an...

Manuel Fernandes avait 58 ans lorsqu’il est décédé d’un cancer des poumons il y a quelques jours à l’hôpital de Martigny. Une maladie professionnelle contractée dans les années 80 et 90, lorsque ce Portugais travaillait avec du matériel contenant de l’amiante dans un atelier d’Evionnaz.

Mais ce n’est que l’an dernier que le mal s’est déclaré, car ce type d’affection n’apparaît que très tardivement, trente à quarante ans après la contamination.

Avant que la maladie ne l’emporte, Manuel a tenu à raconter son drame et le péril que fait courir l’amiante. «D’autres personnes ont travaillé avec moi et ne sont peut-être pas au courant du danger qui les guette.»

Avec l’accord de Manuel et de sa famille, nous publions aujourd’hui son témoignage.

Un atelier d’Evionnaz

Assis sur son lit d’hôpital, Manuel raconte. «J’ai travaillé de 1981 à 1997 dans un atelier mécanique à Evionnaz, et ensuite dans une entreprise chimique. Une fois rentré au Portugal, j’y ai exercé différents métiers, sans lien avec l’amiante. Et ce n’est que l’an dernier que l’on m’a diagnostiqué un mésothéliome malin des poumons (ndlr: forme rare et virulente de cancer causé par l’exposition à des fibres minérales comme l’amiante)

Malgré les décennies qui ont passé, Manuel fait rapidement le lien avec son emploi en Valais. «Mon boulot consistait à découper et à percer des plaques qui contenaient de l’amiante. Je respirais beaucoup de poussière, car je découpais ces plaques avec une scie à ruban qui, malgré une ventilation sommaire, laissait beaucoup de déchets poussiéreux dont on remplissait des fûts de 100litres!»

Expert péremptoire

Manuel et sa famille se sont adressés au CAOVA (Comité d’aide et d’orientation des victimes de l’amiante) pour parvenir à démontrer que l’amiante en est la cause. Selon François Iselin, expert technique de cette association, «la situation de M. Fernandes est claire. Un certificat médical a diagnostiqué clairement un mésothéliome, c’est donc bien une victime de l’amiante. De plus, nous avons analysé des échantillons du matériel que Manuel Fernandes utilisait à l’époque. Nous y avons trouvé une quantité massive d’une des sortes les plus redoutables d’amiante.»

Plus rien à faire

Sa famille a obtenu qu’il soit soigné en Suisse. Mais rapidement le verdict tombe: il n’y a plus rien à faire. Lorsque nous avons rencontré Manuel, il ne respirait qu’avec l’aide d’un apport d’oxygène.

Se sachant condamné, il était résigné, mais ne cachait pas son souci pour ses anciens collègues de travail d’Evionnaz. Parmi eux, son frère et son beau-frère. «Certains d’entre eux sont peut-être en danger sans le savoir. Il faut qu’ils se fassent contrôler par un médecin.»

L’homme ajoute, le souffle lourd, «à l’époque, on ne se doutait pas du danger. Mon patron n’avait pas conscience des risques. D’ailleurs, il travaillait parfois avec moi.»

Au moment de quitter Manuel, ce dernier nous a encore lancé: «Précisez bien que je ne lui en veux pas.»

Encore des sites pollués inconnus

Selon Manuel Fernandes, les alentours de son ancien lieu de travail pourraient contenir des résidus d’amiante, utilisés pour des remblais. Mais le président d’Evionnaz Gilbert Jacquemoud indique que ce site n’a pas été répertorié comme site pollué par l’amiante.

Le patron de l’entreprise qui occupe actuellement les lieux n’a jamais entendu parler d’une possible pollution du sol et possèderait un document attestant de la salubrité des lieux.

Il n’en demeure pas moins qu’en Valais comme ailleurs, on découvre encore aujourd’hui des sites à problème. «Dans le bâti des années 50 à 90, des matériaux amiantés sont trouvés de manière régulière lorsque des travaux sont entrepris», explique Joël Rossier, chef du Service cantonal de protection de l’environnement.

«Depuis 2016, toutes les mises à l’enquête publique concernant les démolitions, transformations et rénovations doivent réaliser une expertise sur les polluants du bâtiment pour être autorisées.» gb


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