10.03.2015, 00:01  

Dessine-moi l'homme de l'an 3000

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Soraya Poulin et Fiona Zaehringer, deux des étudiants valaisans participant à l'aventure, se sont passionnées pour le projet. 

   SACHA BITTEL
Par CHRISTINE SAVIOZ

SUPERHUMAINS - Une classe du collège de la Planta participe à un projet lancé par l'Université de Zurich pour imaginer les êtres humains de demain. Entre éthique et technologie.

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Imaginer l'homme de demain. C'est le défi de vingt et un jeunes d'une classe de troisième année du collège de la Planta à Sion depuis septembre dernier. Les étudiants, de 16 à 18 ans, participent au projet "Superhumains" lancé par l'Université de Zurich et financé...

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Imaginer l'homme de demain. C'est le défi de vingt et un jeunes d'une classe de troisième année du collège de la Planta à Sion depuis septembre dernier. Les étudiants, de 16 à 18 ans, participent au projet "Superhumains" lancé par l'Université de Zurich et financé par le Fonds national suisse de la recherche scientifique. Ils collaborent avec des classes de Genève - du collège Rousseau et du centre de formation professionnelle construction.

Alors que les Genevois réalisent des textes, essais et pièces de théâtre, les Valaisans préparent chacun une BD avec un scénario sorti de leur imagination, illustrant une tranche de vie de l'homme de demain. Ils puisent leur inspiration dans les films, les articles ou les livres. "Ils sont très créatifs. L'une des élèves a par exemple imaginé un monde où les gens prenaient une pilule pour l'immortalité. Mais, comme les personnes s'ennuient, elles peuvent se rendre au magasin des suicides pour disparaître" , raconte Line Evéquoz, leur enseignante d'arts visuels au collège de la Planta.

Des questions sans réponse

Ces travaux font réfléchir les étudiants valaisans sur le bien-fondé des progrès technologiques (ou pas) sur l'avenir de l'homme, d'autant plus que nombre de ces avancées sont déjà en route. Fiona Zaehringer, qui a présenté les travaux de sa classe à l'Université de Zurich la semaine dernière avec sa camarade Soraya Poulin, reconnaît se poser beaucoup de questions depuis le début du projet. "Certaines technologies qui existent déjà nous ont même effrayés" , souligne-t-elle.

Comme Fiona Zaehringer, Soraya Poulin se sent partagée entre le besoin de technologie de l'être humain et le respect de l'éthique. Ainsi a-t-elle imaginé un scénario de BD qui présente la possibilité d'effectuer toute la grossesse hors du corps de la mère, dans une bulle en verre, "pour permettre aux parents d'avoir un enfant parfait." "Mais a-t-on le droit de séparer l'enfant de sa maman juste pour que le bébé n'ait aucune maladie ou malformation?" demande-t-elle. L'étudiante a ensuite effectué un sondage auprès de son entourage. "La majorité était contre. Quelques-uns étaient pour cette technologie en prétextant que cela libérait la femme de la tyrannie de ses organes reproducteurs" , explique-t-elle.

Pas de solution claire et nette donc. Mais des nuances. "Le but est de se poser des questions sur la technologie de demain et ses conséquences. Nous n'avons pas obtenu, ni donné des réponses. Mais la plupart de mes élèves prennent parti, de par l'issue de leur scénario" , remarque Line Evéquoz. Comme la fin dramatique de l'histoire imaginée par Viola Bayramova: un scientifique, jaloux du succès de l'un de ses collègues, décide de tenter une expérience sur sa fille. Il lui injecte un produit influençant ses fonctions physiques et mentales. Sa fille devient ultraperformante. "Elle a de plus en plus de capacités. Mais plus les jours passent, plus elle devient inhumaine" , raconte Viola Bayramova. Au point que le "cobaye" du scientifique ne survit pas. "Le prix à payer, c'est la mort."

D'autres élèves ont élaboré des histoires où les maladies sont contrées par des moyens peu éthiques, où l'immortalité règne... Une étudiante a par exemple imaginé l'existence d'un clone pour chaque être humain dès sa naissance. "Cela permet à la personne d'utiliser les organes de son double dès qu'elle aura un problème de santé. Se pose la question éthique: a-t-on le droit de faire cela?" s'interroge Soraya Poulin.

Si les participants ne seront sans doute plus là pour voir si leurs scénarios se révèlent proches de la réalité, certains ne cachent pas leurs inquiétudes pour ce monde. "J'ai un peu peur qu'on perde les choses de base de notre environnement pour se concentrer uniquement sur la technologie" , souligne Pauline Blanc. Quant à Camille Pannatier, qui a imaginé une histoire autour de l'immortalité, elle affirme ne pas en rêver. "La vie deviendrait sans doute ennuyeuse au bout d'un moment. Et puis, étant donné que je suis croyante, je ne m'inquiète pas trop pour l'après ", conclut-elle.


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