20.02.2013, 00:01  

A la recherche des météorites

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L'équipe de scientifiques accompagnés par le guide valaisan Christophe Berclaz sont partis en expédition sur des motoneiges. 
IPF-BERCLAZ
Par LYSIANE FELLAY

ANTARCTIQUE - Le guide Christophe Berclaz encadre un groupe de scientifiques.

Mener 9 géologues belges et japonais pendant plus de cinq semaines dans un enfer de glace et de vent: c'est la mission qu'a relevée le guide valaisan Christophe Ber claz dans l'Antarctique. Il travaillait pour la station scientifique Princess Elisabeth où se trouve le Docteur Jacques Richon. Ce dernier n'a pas participé à l'aven ture. Il est resté au camp de base. De Nan sen Isen, à -25 °C et à 2900 mètres d'altitude, Chris tophe Ber claz nous livre son récit.

"Cette fois-ci, aucun doute, je suis vraiment en Antarctique. Jacques est retourné à la base à son confort, ses techniciens, son cuisinier, son microclimat tempéré. Je reste seul, responsable de la bonne marche du camp et guide de scientifiques. La vie du camp de base suit son cours, ponctuée par les multiples pannes de génératrice, de motoneiges, qu'il faut assumer mains nues dans le froid. La neige s'infiltre partout, dans les containers. Elle ensevelit les skidoos et recouvre les fûts de fuel. Il faut pelleter perpétuellement."

La cueillette des météorites

"Guider des scientifiques en Antarctique est un métier nouveau pour moi. L'objectif de notre expédition est de parcourir à skidoo la glace du Nansen Isen à la recherche de météorites, petits cailloux noirs déposés à la surface du glacier en fonction de ses mouvements au cours des siècles. La cueillette est relativement simple. Chacun sur sa motoneige, le regard rivé au sol, nous nous répartissons en éventail et quadrillons les zones de glace bleue. Quand retentit dans la radio le mot "météorite", un étrange ballet se met en place: excités, les géologues convergent vers la découverte, la numérotent, la datent avec un feutre sur la glace, la photographient, la ramassent et la mettent dans un sac plastique étanche: le froid a su si bien protéger la météorite qu'il ne faudrait pas contaminer en la touchant. Et ils font tout ça avec des moufles!" "Les débuts sont un peu chaotiques, les scientifiques oublient le froid, le glacier, les crevasses. Les fameuses pierres sont à l'origine de spectaculaires glissades heureusement sans conséquences fâcheuses. Au fur et mesure des découvertes, l'excitation fait place à un processus bien rodé, je surveille au GPS l'avance de la recherche et essaie de ne perdre personne quand la visibilité devient limite... Si certains scientifiques ont déjà participé à une campagne en Antarctique ce n'est de loin pas le cas pour tous, pour certains même la découverte d'un glacier est une première."

Apprivoiser l'environnement

"Dès notre arrivée à Princess Elisabeth, il a fallu apprivoiser l'environnement, se familiariser à la marche en crampons sur la glace, à la conduite d'un skidoo, présenter et visiter une crevasse et apprendre à se protéger du froid et de la neige qui pénètre dans le masque de ski, par les fermetures éclair des combinaisons, dans le moteur du skidoo, en fait partout. Là aussi les techniques s'améliorent: au gré des sorties, après un début un peu "rock and roll", nos scientifiques ressemblent à des chercheurs en Antarctique."

Pendant ces cinq semaines dans un isolement complet, le guide a eu une brève communication chaque jour par téléphone satellite avec la base pour transmettre la météo et dire que tout se passe bien. Christophe Berclaz ressent la solitude du guide en An tarctique, d'autant plus qu'au retour de la journée, il passe ses heures de repos à dégager la neige qui a envahi le camp.

Quoi qu'il en soit, l'expédition a été une réussite. Les scientifiques ont profité du confort relatif du camp et ils sont rentrés en bonne santé à la base, mis à part quelques petites gelures bénignes. Ils ont pu ramener plus de 400 météorites. Elles vont s'envoler pour le Japon pour être découpées et analysées afin de mieux comprendre notre univers.

L'expérience a été enrichissante pour Christophe Berclaz. "J'ai découvert une autre facette du métier en assurant le bon fonctionnement technique d'un camp de base en plus de la sécurité des scientifiques, de l'orientation dans un monde minéral sans repères et à la merci de changements rapides de météo. Avec pour seul réconfort (mais combien précieux) les encouragements de l'équipe de la base, confortablement installés..."

L'aventure est déjà terminée pour le guide et pour Jacques Richon. Ils ont regagné la Suisse le mardi 12 février après avoir profité de la chaleur de la fin de l'été à Cap Town sur le chemin du retour.


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