13.05.2017, 00:01  

Un remède provoque des fractures

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En Suisse, l’ostéoporose toucherait entre 500 000 et 600 000 personnes.

 13.05.2017, 00:01   Un remède provoque des fractures

Par Francesca Sacco

Ostéoporose La Suisse est le premier pays à signaler cet effet indésirable paradoxal.

Voudriez-vous d’un médicament qui vous soulage sur le moment, mais qui vous rende ensuite beaucoup plus fragile? C’est ce qui peut se produire avec le dénosumab, un remède prescrit en Suisse contre l’ostéoporose. L’autorité helvétique d’enregistrement des médicaments, Swissmedic, vient de publier un avertissement selon lequel ce nouveau médicament pourrait provoquer des «fractures vertébrales multiples spontanées» à l’arrêt. Alors...

Voudriez-vous d’un médicament qui vous soulage sur le moment, mais qui vous rende ensuite beaucoup plus fragile? C’est ce qui peut se produire avec le dénosumab, un remède prescrit en Suisse contre l’ostéoporose. L’autorité helvétique d’enregistrement des médicaments, Swissmedic, vient de publier un avertissement selon lequel ce nouveau médicament pourrait provoquer des «fractures vertébrales multiples spontanées» à l’arrêt. Alors que l’on sait que l’ostéoporose se traduit précisément par une fragilité osseuse!

La Suisse est le seul pays à avoir officiellement reconnu cet effet indésirable. «Au début, on ne voulait pas nous croire», déclare Olivier Lamy, chef au Centre des maladies osseuses du Centre hospitalier universitaire vaudois (Chuv). Mais en décembre 2016, quatorze cas au moins ont été signalés en Suisse romande. Dans son édition du 19 avril, la «Revue médicale suisse» parle d’un effet rebond «très sévère»: on observe en effet, après l’arrêt du traitement, un brusque «réveil synchronisé» de tous les facteurs cellulaires de destruction osseuse temporairement endormis par le dénosumab.

La prescription de ce médicament est limitée dans le temps, car il y a des risques de toxicité. Et une administration prolongée semble aggraver l’effet rebond, selon Olivier Lamy. Près de 10 000 Suisses sont actuellement traités avec le dénosumab. Faudrait-il le retirer du marché? Les experts pensent qu’il vaut mieux couper l’effet rebond avec une autre molécule. C’est possible grâce aux biphosphonates.

L’ironie veut que ces molécules, largement utilisées contre l’ostéoporose avant l’arrivée du dénosumab en 2010, ont également été accusées d’entraîner une péjoration de l’état des patients. Une étude réalisée à Genève a confirmé que les biphosphonates provoquaient des fractures jamais été observées jusque-là, selon Raphael Meier, médecin au service de chirurgie viscérale des Hôpitaux universitaires de Genève (HUG). «Ces fractures surviennent en l’absence de traumatisme et présentent une cassure nette et transversale caractéristique.» Les premiers soupçons sont apparus vers 2006, avec le té moignage d’un médecin américain qui s’était brisé un fémur après avoir pris des biphosphonates. Sa fracture avait guéri seulement lorsqu’il avait arrêté d’en prendre et il s’était cassé l’autre fémur dès qu’il avait recommencé.

Le fabricant du dénosumab, Amgen, s’est montré «proactif» en informant spontanément, à la fin de l’année dernière, les autorités suisses de l’existence d’un risque de fractures vertébrales multiples, affirme la porte-parole de la succursale suisse, Carine Bast. Cependant, Amagen n’envisage pas un retrait du médicament, mais un renforcement des mises en garde dans la notice d’emballage.

Une épidémie silencieuse

En Suisse, l’ostéoporose toucherait entre 500 000 et 600 000 personnes. En raison de la disparition de l’effet protecteur des hormones sexuelles lors de la ménopause, les femmes y sont sujettes plus tôt que les hommes. Ainsi, après 50 ans, la probabilité d’en être atteint est de 50% chez les femmes et de 25% chez les hommes. La maladie serait responsable de 75 000 fractures par année en Suisse, dont la plupart ne seraient pas diagnostiquées, car indolores.


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