11.03.2016, 00:01  

Un cauchemar pour les parents

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Pour certains parents, «ne pas voir ses enfants, c’est se faire tuer à petit feu».
Par Sandrine Hochstrasser

Enfants placés Eloignés de leur enfant, des parents de Suisse romande se sentent écartés des procédures par le Service de protection de la jeunesse.

Elisabeth a enfin récupéré sa fille, à l’aube de ses 18 ans. «J’ai gagné devant la justice, mais tout le monde est perdant dans cette histoire», souffle-t-elle. La mère, grande blonde aux cheveux bouclés, sort de quatre ans de bras de fer avec le SPJ, le Service de protection de la jeunesse, qui avait placé sa fille en foyer....

Elisabeth a enfin récupéré sa fille, à l’aube de ses 18 ans. «J’ai gagné devant la justice, mais tout le monde est perdant dans cette histoire», souffle-t-elle. La mère, grande blonde aux cheveux bouclés, sort de quatre ans de bras de fer avec le SPJ, le Service de protection de la jeunesse, qui avait placé sa fille en foyer. «Ils ont essayé de m’en éloigner. J’ai eu le sentiment de perdre mon enfant.»

Elle n’a pas raté, la semaine dernière, la publication du rapport de l’autorité de surveillance vaudoise sur le SPJ. Et une certaine ligne en particulier: la Cour des comptes recommande de «développer une communication plus claire et transparente avec les parents» et de les «intégrer» davantage aux bilans. Attablée dans un café, les yeux rivés sur la presse, elle réagit: «J’espère que ce rapport ne va pas finir dans un tiroir.»

Un groupe Facebook

Elle n’est pas la seule à attendre des changements. D’autres parents nourrissent les mêmes espoirs, à l’instar de Stéphanie, qui ne voit plus sa fille, placée chez son ex-mari. «J’attends plus d’écoute et de collaboration de la part du SPJ.» La Vaudoise dit avoir été approchée par une septantaine de parents romands depuis qu’elle a lancé, en juin, un groupe Facebook pour dénoncer son traumatisme. Chaque histoire est différente, mais la souffrance similaire: «Ne pas voir ses enfants, c’est se faire tuer à petit feu», souligne Antonietta, une mère qui a rejoint le groupe.

Fragilisés émotionnellement, les parents romands peinent à s’organiser – contrairement à la Suisse alémanique. Stéphanie voulait lancer une association officielle aujourd’hui, pour faire entendre leurs voix, mais par prudence, elle attend de voir les actions prises par le SPJ suite à la publication de l’audit. D’autres parents craignent de s’exposer publiquement. Elisabeth n’a plus cette inquiétude et elle veut ouvrir un vrai débat sur le SPJ: «Nous, les parents, avons été traités dès le début comme des adversaires.»

Gestes désespérés

Sa vie de famille avait pourtant commencé sans histoire dans une villa cossue du Gros-de-Vaud. Son divorce affecte l’enfant, mais c’est à l’adolescence que la situation dégénère. Sa fille de 14 ans développe un lien particulier avec un jeune adulte et les parents mettent un terme à cette relation. Leur fille, désespérée, se taillade les avant-bras. Puis enchaîne les épisodes dépressifs et autodestructeurs. Lors d’une crise aiguë, les parents conduisent l’adolescente à l’hôpital.

«Ce fut le pire moment de ma vie», raconte Elisabeth. «J’étais assise dans la salle d’attente et là, j’apprends que je n’ai plus le droit de la voir ma fille, car elle m’accuse de maltraitance.» Le SPJ est alerté et la jeune fille placée dans un foyer d’urgence. «La réaction des autorités est tout à fait normale», souligne la mère, qui s’attend alors à une enquête approfondie. «Mais ils n’ont pas fait d’enquête de contexte», assure-t-elle. «Ils ne sont pas venus, ils n’ont pas contacté le médecin de famille, ni les voisins, pour vérifier les allégations de notre fille.» Les parents se sentent dès lors écartés des discussions.

«Famille en détresse»

Les relations avec le SPJ se dégradent. «Ils ont menacé de me faire retirer la garde parentale.» Elisabeth finit par faire appel à un avocat. «Le juge de paix a demandé une analyse psychiatrique externe de la famille et il a reconnu que nous étions des parents responsables», précise-t-elle. Elisabeth ne comprend toujours pas pourquoi elle a été «traitée comme une adversaire, alors que nous étions simplement une famille en détresse».

Pour des raisons de protection de la personnalité, les autorités ne peuvent commenter des cas précis. Christophe Bornand, chef du SPJ du canton de Vaud, rappelle que l’audit de la Cour des comptes «était bon» dans son ensemble. «Je comprends la souffrances des parents. Mais nos relations sont bonnes en général. Sur 6500 dossiers, je reçois environ 80 courriers de parents mécontents par année. Et ce chiffre est stable.»

La Cour des comptes, qui s’est autosaisie pour ce premier audit du SPJ, va suivre la mise en œuvre des recommandations, comme le veut la nouvelle loi, entrée en vigueur en 2014. «Le suivi est en principe effectué pendant trois ans», précise sa présidente.

Le président de la Conférence latine de promotion et de protection de la jeunesse, chef du SPJ (Service de protection de la jeunesse) de Neuchâtel, défend le travail des assistants sociaux.

Nous cherchons au contraire à réhabiliter les compétences parentales. Les parents ne devraient jamais être mis à l’écart. Les besoins de l’enfant sont notre priorité. Or, pour aider les enfants, il faut soutenir les parents. Nous pourrions être meilleurs parfois dans l’explication, l’accompagnement des parents. S’ils se plaignent, si leur ressenti est mauvais, c’est que l’on est passé à côté.

C’est un travail effectué par des humains, qui ne sont forcément pas parfaits. Nous essayons au maximum d’éviter toute «maltraitance institutionnelle». Quand un assistant social est lui-même en plein divorce, nous évitons par exemple de lui confier des cas similaires, pour éviter tout transfert.

Le nombre d’enfants suivis par nos services est stable, à 7 ou 8 pour cent. Le nombre de cas de maltraitances également. En revanche, nous sommes de plus en plus sollicités pour l’organisation des droits de visite, suite à un conflit entre la mère et le père. Cela concerne un tiers des cas désormais. Nous devons parfois gérer ces gardes jusqu’à la majorité de l’enfant! La hausse du nombre de divorces a forcément un impact. Et si les parents ne s’entendent pas, nous devons trancher. Ce qui provoque souvent de l’incompréhension.


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