14.09.2017, 00:01  

Retraites, le Röstigraben des patrons

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Christophe Reymond (à gauche) et Marco Taddei ont des avis partagés sur Prévoyance 2020, en votation le 24septembre.

 14.09.2017, 00:01   Retraites, le Röstigraben des patrons

Par Christiane Imsand

votations fédérales La réforme de la prévoyance vieillesse oppose les chefs d’entreprise alémaniques, qui sont contre, aux Romands, favorables.

C’est l’une des surprises de la campagne sur la réforme des retraites, un Röstigraben s’est creusé entre les milieux patronaux. Les Alémaniques ne veulent pas entendre parler d’une augmentation de la rente AVS. «Un rejet du paquet soumis au peuple le 24septembre permettra d’aboutir à un meilleur projet...

C’est l’une des surprises de la campagne sur la réforme des retraites, un Röstigraben s’est creusé entre les milieux patronaux. Les Alémaniques ne veulent pas entendre parler d’une augmentation de la rente AVS. «Un rejet du paquet soumis au peuple le 24septembre permettra d’aboutir à un meilleur projet pour l’économie», assure le représentant de l’Union patronale suisse Marco Taddei. Par contre, les Romands sont disposés à s’accommoder du projet actuel. «La démocratie directe et le partenariat social nous ont appris la souplesse et la modestie», affirme le directeur du Centre patronal Christophe Reymond. «Un rejet n’assurerait pas un meilleur résultat. Il vaut mieux engranger les éléments favorables.» Face-à-face

Comment expliquer l’opposition de l’Union patronale alors que la réforme donne suite à deux de ses revendications de longue date, à savoir la baisse du taux de conversion du 2e pilier et le relèvement de l’âge de l’AVS des femmes?

Marco Taddei: Il est vrai que ces deux points nous satisfont, mais le bât blesse au niveau de la compensation de la réduction du taux de conversion. Les 70 francs ajoutés à l’AVS trahissent l’esprit de la réforme, car celle-ci avait pour but d’assainir le financement du système et non d’augmenter les prestations. Nous en avons fait une question de principe. Pour nous, c’était dès le départ la ligne rouge à ne pas franchir. Ces 70 francs entraînent 1,4 milliard de francs de coûts supplémentaires à l’horizon 2030. Dans leur ensemble, les charges supplémentaires imposées à l’économie et aux consommateurs en matière de cotisations et de TVA s’élèveront à quelque 5 milliards de francs. Et on sait que ce n’est pas une solution à long terme. Il faudra prendre de nouvelles mesures dès 2025 pour assurer le financement.

Christophe Reymond: C’est une erreur de fixer des lignes rouges quand on fait de la politique. Cela revient à se piéger soi-même en s’empêchant toute souplesse.

Les organisations patronales romandes ne souhaitaient pas ces 70 francs et je comprends très bien que l’UDC et le PLR se soient battus jusqu’au bout, au niveau parlementaire, pour s’y opposer. Ils ont perdu sur ce point et nous devons aujourd’hui considérer le projet dans son ensemble. Force est de constater qu’il contient des mesures réclamées depuis longtemps par la droite et les milieux économiques, comme la mise à égalité de l’âge de la retraite et la baisse du taux de conversion. Il y a aussi d’autres éléments intéressants comme la flexibilisation de la retraite entre 62 et 70 ans. Cela instille dans le système la conviction qu’il est possible de travailler au-delà de 65 ans. Par ailleurs, la hausse de 0,6 point de TVA est modérée et on a renoncé à modifier le statut des indépendants. Au final, cela nous incite à dire oui à la réforme. Le contexte politique ne permet pas d’en espérer une meilleure.

Le système est bloqué. Depuis 20 ans, toutes les tentatives de réforme ont échoué. Marco Taddei, un tien ne vaut-il pas mieux que deux tu l’auras?

M. T.: On nous présente ce projet comme un compromis qui reposerait sur une symétrie des sacrifices. En réalité, il y a un surcoût pour les entreprises. Les 70 francs seront financés par une hausse paritaire des cotisations AVS de 0,3%. S’y ajoutent les mesures de compensation dans le deuxième pilier qui entraînent une hausse de 0,4%, soit 0,7% au total. Certaines études font même état de coûts beaucoup plus élevés. Il faut aussi tenir compte des coûts administratifs dus à la modification de la déduction de coordination (réd: part du salaire qui n’est pas prise en compte pour le calcul de la rente du deuxième pilier). Ce sera complexe pour les PME. Or la situation actuelle est déjà difficile pour les entreprises, dont les marges se réduisent comme peau de chagrin. Cela explique pourquoi l’ensemble des faîtières alémaniques de l’économie combattent cette réforme.

C.R.: Compte tenu de l’évolution démographique et de la situation des marchés financiers, un renforcement du financement est inéluctable si l’on veut maintenir le niveau des rentes. Je n’ai entendu personne plaider pour leur baisse. En cas de rejet du projet le 24 septembre, il faudra donc remettre l’ouvrage sur le métier et cela aura aussi des conséquences financières. Le PLR a déjà présenté un plan B qui prévoit notamment de supprimer totalement la déduction de coordination. Je vois mal toutes les organisations économiques soutenir une mesure aussi coûteuse!

M. T.: On peut en discuter, mais je note qu’il y avait un certain nombre de points de convergence à l’issue du débat parlementaire: 65 ans pour tous, taux de conversion à 6%, flexibilisation, hausse modérée de la TVA. Notre plan B en partirait. On renoncerait à augmenter la rente AVS et la baisse du taux de conversion serait compensée exclusivement à l’intérieur du 2e pilier avec des mesures concernant les cotisations et la génération transitoire.

C.R.: Vous vous leurrez en croyant qu’il y a des points indiscutables qui peuvent être tenus pour acquis. Vous citez l’âge de la retraite des femmes et la baisse du taux de conversion. Considérer que c’est acquis à gauche est une erreur. On retombera dans les combats que nous avons perdus en 2004 et 2010. Je vous rappelle qu’il y a eu 73% d’opposition à la baisse du taux de conversion en 2010 et on envisageait alors une baisse de 6,8% à 6,4%, pas à 6%! Même si la nécessité d’une réforme est incontestée, nous sommes dans un domaine où les gens réagissent en fonction de son impact sur leur situation personnelle. A moins de laisser s’écrouler le système, il faut engranger aujourd’hui les éléments favorables.

M. T.: Il faudra une compensation, mais pas dans le cadre du premier pilier.

Votre opposition semble surtout idéologique…

M. T.: C’est effectivement de l’orthodoxie financière. Nos membres sont convaincus qu’il ne faut pas mélanger les deux piliers, car ils obéissent à des logiques différentes.

L’issue est indécise

A dix jours de la votation, le sort de la réforme des retraites reste très indécis. Les deux sondages dévoilés hier ne permettent pas à l’un ou l’autre camp de tenir la victoire pour acquise.

Selon le sondage de l’institut GfS effectué pour le compte de la SSR, 50% des personnes interrogées seraient favorables au relèvement de la TVA en faveur de l’AVS et 51% aux autres éléments de la réforme (retraite à 65 ans pour tous, baisse du taux de conversion, compensation notamment par une hausse de 70 francs de la rente AVS). Les chiffres du sondage Tamedia sont tout aussi serrés. 51% des électeurs soutiendraient la hausse de la TVA et 48% les autres mesures.

L’opposition vient à la fois des femmes qui refusent de travailler une année de plus pour toucher leur rente et de la droite qui conteste le mélange des deux piliers. A cet égard, l’extrême gauche veut aller encore plus loin. Selon la RTS, elle prépare le lancement d’une initiative populaire pour réunir l’ensemble des avoirs de retraite dans l’AVS. cim


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