04.10.2017, 00:01  

Les cochons suisses ne boivent pas du petit lait

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Environ 1,4million de porcs sont élevés en Suisse. Tous n’ont pas, comme celui-ci, la chance de s’ébattre en plein air. Les défenseurs des animaux demandent, entre autres, une meilleure information du public.

 04.10.2017, 00:01   Les cochons suisses ne boivent pas du petit lait

Par par ariane gigon, zurich

ÉLEVAGE - Seul un porc sur deux, en terres helvétiques, peut s’ébattre en plein air. Les protecteurs des animaux s’inquiètent

La majorité des porcs à l’engrais en Suisse ne vivent pas la vie que les consommateurs imaginent, s’ils en croient la publicité: s’ébattant en plein air et dormant sur de la paille. C’est ce que dénonce l’association Protection suisse des animaux (PSA). Souvent ignoré, le sort des cochons détenus par des fromageries pour la valorisation du petit-lait n’est pas...

La majorité des porcs à l’engrais en Suisse ne vivent pas la vie que les consommateurs imaginent, s’ils en croient la publicité: s’ébattant en plein air et dormant sur de la paille. C’est ce que dénonce l’association Protection suisse des animaux (PSA). Souvent ignoré, le sort des cochons détenus par des fromageries pour la valorisation du petit-lait n’est pas meilleur.

«Derrière de nombreuses fromageries se trouvent des exploitations industrielles de porcs», a expliqué la PSA hier devant les médias à Zurich. Pour la majorité de ces animaux, dont la vie se déroule sur du béton, «les sorties en plein air ne sont qu’un rêve». Près de 500 000 porcs sont ainsi élevés pour la valorisation des produits accessoires du lait, soit 20% de tous les porcs à l’engrais du pays.

Sans nier que «la valorisation des éléments issus de la fabrication du fromage pour l’engraissement de porcs est écologique», l’association demande aux fromagers d’améliorer leurs infrastructures «afin qu’elles répondent aux critères d’un label», a déclaré hier Hansuli Huber, directeur technique de PSA.

Membre du conseil d’administration de Proviande, l’interprofession de la filière viande en Suisse, Jörg Oberle, également présent à Zurich, a répondu que «la majorité veut bien faire». Donnant l’exemple de son canton, Saint-Gall, il a énuméré les difficultés: «Les fromageries sont au centre des villages. Or les habitants se plaignent de nuisances soi-disant liées à des porcheries», explique-t-il. «Entre 30 et 40 demandes de permis de construire pour des élevages respectueux de porcs attenant à des fromageries sont en attente depuis deux ans dans mon canton.»

Moins de plein air

De manière générale, la détention respectueuse de l’animal, sous la forme de participation au programme, facultatif, «Sorties régulières en plein air» (SRPA), a diminué ces dernières années, s’alarme la PSA. Elle est passée de 58% en 2010 à 50% actuellement.

Selon l’association, «c’est une conséquence du forcing effectué par le commerce de détail pour faire baisser les coûts de production». L’association, main dans la main avec les éleveurs représentés par Swissporcs, demande de meilleurs prix pour les producteurs et une meilleure information des consommateurs.

Nouvelles normes en 2018

La PSA met encore en garde: les nouvelles normes, dès septembre 2018, entraîneront la disparition de 60 000 places d’engraissement, puisque celles-ci devront être plus grandes. «Si les éleveurs ne diminuent pas, avant, le nombre de porcelets, des milliers de bébés devront être tués», s’inquiète Hansuli Huber.

Dans le canton de Vaud, Frédéric Brand, chef du Service de l’agriculture et de la viticulture, confirme que «le prix du porcelet s’est déjà effondré». Plutôt que d’investir en se mettant aux normes, dans «un marché qui est presque toujours à saturation», nombre d’éleveurs ont déjà décidé de fermer leur porcherie. Des ajustements sont encore attendus d’ici l’automne 2018.

Vaud: 3500 places

Après le dernier scandale de maltraitance dans un élevage de porcs du canton de Vaud, le Conseil d’Etat a annoncé des mesures. Ainsi, le soutien aux porcheries «paille et soleil» passe de 400 à 700 francs par place de porc. Une aide identique est accordée pour l’agrandissement de l’espace à 0,9 mètre carré correspondant à la future norme fédérale, voire 1,6 mètre carré, valeur visée par Vaud. Selon Frédéric Brand, chef du Service de l’agriculture et de la viticulture, «quatre projets sur quinze ont obtenu un permis de construire, 3500 places de porcs sont concernées.» S’il est si difficile d’obtenir ces sésames, c’est souvent en raison des oppositions. «On croit que les porcheries puent, ce qui n’est pas le cas quand elles sont bien tenues», commente le responsable: «Les gens veulent des animaux dormant sur la paille et bougeant à l’extérieur, mais pas près de chez eux.»


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