09.06.2015, 00:01  

Les assureurs trouvent les gynécologues complaisants

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Une femme suisse est censée travailler jusqu'à la fin de sa grossesse. 

   KEYSTONE
Par BERNE, Pierre-André Sieber

TRAVAIL - Neuf femmes enceintes sur dix doivent raccrocher leur bleu de travail avant l'accouchement. Gynécologues pris d'assaut pour les congés maladie.

En Suisse, une femme enceinte est censée travailler jusqu'à la fin de sa grossesse. Mais dans la réalité, neuf sur dix demandent un certificat médical à leur gynécologue avant l'accouchement. Une proportion qu'aucune statistique ne vient étayer.

Afin d'y voir plus clair, la conseillère aux Etats genevoise Liliane Maury Pasquier a déposé une interpellation, qui sera traitée aujourd'hui au Conseil des Etats.

Une chose est sûre: la tendance à la hausse du nombre de certificats délivrés par les gynécologues dérange les assureurs en perte de gain. "C'est de plus en plus compliqué avec eux", confirme Alain Schreyer, médecin gynécologue à Payerne, médecin-chef à l'Hôpital intercantonal de la Broye (HIB) et président du Groupement vaudois des gynécologues (GVG). "Lorsqu'un certificat doit être délivré, nous devons remplir de plus en plus de paperasse pour justifier chaque cas."

 

Santé menacée

 

Environ 95% des rapports aux assureurs que signe le praticien au sujet d'incapacités de travail concernent des femmes enceintes. Mais le gynécologue se défend de donner dans la complaisance. Pour octroyer une incapacité, la santé de la mère et celle de l'enfant doivent être gravement menacées. Incongruité lorsqu'il s'agit d'une soignante qui ne peut plus retourner un patient dans son lit ou d'une coiffeuse qui ne peut plus se tenir debout, voire d'une éducatrice de la petite enfance qui se met en danger parce qu'elle peut développer des maladies infantiles.

"La fatigue physique et psychologique n'est plus prise en compte pour justifier un congé maladie", précise Alain Schreyer. "Dans la profession, nul n'est censé ignorer ces dispositions. En cas de complaisance avérée, les sanctions prévues peuvent être d'ordre pénal."

Aucune procédure lancée par un assureur n'a encore touché les gynécologues, mais des confrères d'Alain Schreyer ont été inquiétés. L'un a même été menacé. L'Association des assureurs maladie affirme ne pas être au courant, tandis que les plus gros assureurs en perte de gain (Axa, Helsana, Swica, Zurich, Visana) jurent ne pas avoir pris de mesures spéciales.

Quant au Groupe mutuel, il constate que l'augmentation de l'âge moyen des mères cause davantage d'incapacités de travail. L'assureur dispose depuis un an d'une sage-femme conseil qui rassure la femme enceinte active sur son état de santé. L'expérience semble concluante puisqu'une seconde sage-femme conseil va être engagée.

 

Davantage de bébés

 

"Le nombre des naissances s'est accru ces dernières années, ce qui a fait augmenter le nombre de certificats à délivrer", fait remarquer Swica. "Les naissances de jumeaux ou multiples amènent aussi souvent à une incapacité de travail, car la charge est plus grande." Chez Helsana (qui assure 1700 femmes enceintes par année), seuls les certificats délivrés avant le cinquième mois de grossesse sont contrôlés. "Nous vérifions dans le rapport du médecin si le diagnostic privilégie les critères de maladie", explique Helsana. "Pour autant que nous obtenions du médecin traitant les critères adéquats de maladie, plus aucune surveillance n'est entreprise jusqu'à l'accouchement."

Bien, mais que peut faire le gynécologue dont la patiente est tout simplement épuisée et ne peut pas invoquer une maladie? "En cas de forte fatigue d'une patiente et sans aucun autre critère de maladie, je lui conseille de discuter d'un congé non payé", ajoute Alain Schreyer. "Il faut aussi s'assurer que l'employeur ait examiné l'adéquation du travail qu'elle doit accomplir avec son statut de femme enceinte. Dans certains cas, les aménagements permettent de résoudre des situations."

 

Faire analyser le poste

 

Dans les entreprises où la femme enceinte est exposée à des activités dangereuses, l'employeur doit faire analyser le risque par un médecin du travail ou un spécialiste de la sécurité au travail. L'employeur doit adapter le poste de manière à ce que la collaboratrice enceinte accomplisse ses tâches sans se mettre en danger. Elle doit notamment disposer d'une salle de repos et son temps de travail est réduit.

"Il faudrait que chaque poste puisse être validé par un médecin du travail", suggère le président du GVG. "Cette disposition peut être facilement respectée par un gros employeur mais moins par un petit indépendant. Coop, par exemple, dispose d'un médecin du travail, mais bon nombre de PME n'en ont pas." LA LIBERTE


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