20.06.2017, 00:01  

L’aide suisse à l’Est décryptée

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La contribution à l’élargissement a permis de construire ou de moderniser, par exemple en Slovaquie, des canalisations. Quelque 10000 habitants peuvent désormais se raccorder au réseau.

 19.06.2017, 23:08   L’aide suisse à l’Est décryptée

Par Philippe Boeglin

Le «milliard de cohésion» versé à dix Etats-membres de l’UE a été judicieusement utilisé, selon Berne. Au total, 210 projets ont été réalisés.

La somme est rondelette et le contexte chaud. Depuis 2006 et le feu vert du peuple, la Confédération a versé un milliard de francs à dix pays de l’Est de l’Union européenne (UE). La fameuse contribution «à l’atténuation des inégalités économiques et sociales dans l’UE».

Cet engagement arrivant à échéance, le renouvellement du «chèque» figure au menu des âpres...

La somme est rondelette et le contexte chaud. Depuis 2006 et le feu vert du peuple, la Confédération a versé un milliard de francs à dix pays de l’Est de l’Union européenne (UE). La fameuse contribution «à l’atténuation des inégalités économiques et sociales dans l’UE».

Cet engagement arrivant à échéance, le renouvellement du «chèque» figure au menu des âpres négociations entre Berne et Bruxelles, qui juge un nouveau paiement inéluctable. Le Conseil fédéral obtempérera-t-il? Hier à Berne, les services compétents de l’administration ont refusé de s’étendre sur le volet politique. Mais ils ont dressé un bilan.

Estonie, Lettonie, Lituanie, Malte, Pologne, Slovaquie, Slovénie, République tchèque, Hongrie et Chypre: voici les destinataires de la manne helvétique. Celle-ci constitue 0,8% des prestations fournies par Bruxelles au titre de la cohésion dans les 13 Etats-membres ayant rejoint le navire européen depuis 2004. A noter que, en sus de ce chèque d’un milliard, la Suisse investit 300 millions en Bulgarie, Roumanie et Croatie, les trois derniers adhérents.

Dans les dix premiers Etats, Berne a réalisé 210 projets dans cinq secteurs: protection de l’environnement (39% des moyens), croissance économique et conditions de travail (27%), sécurité sociale (16%), sécurité publique (9%) et renforcement de la société civile (7%). «Les priorités ont été définies par les pays partenaires. L’exécution des projets s’est ensuite déroulée bilatéralement, sans passer par l’UE», précise l’ambassadeur Raymund Furrer, chef de la Coopération et développement économiques au Secrétariat d’Etat à l’économie (Seco).

Les Etats-membres avancent les montants nécessaires, et la Suisse rembourse en moyenne 85%, après plusieurs vérifications. Le solde reste à la charge du destinataire.

«Les programmes ont apporté de la plus-value, la population en a directement tiré profit, et chaque pays partenaire garde la main sur la mise en œuvre», salue l’ambassadrice Elisabeth von Capeller, vice-directrice à la Direction du développement et de la coopération (DDC), et cheffe de la Coopération avec l’Europe de l’Est.

Sur le terrain, la mortalité des nourrissons a chuté de 80% en Lituanie, grâce aux efforts consentis dans la formation du personnel et les infrastructures. En Pologne, 40 000 ménages vivent dans des logements désormais débarrassés de leur amiante. En Slovaquie, 10 000 résidents ont été reliés à un nouveau réseau d’eau. En Hongrie, 200 000 habitants devraient bénéficier d’une eau de meilleure qualité après l’assainissement de conduites.

Seco et DDC reconnaissent certaines imperfections. «L’efficacité générale peut être améliorée; il y a eu passablement de retards. Nos contrôles obéissent à des processus encore trop compliqués, comme les procédures d’autorisation», constate Elisabeth von Capeller, se référant à une évaluation externe. Cette dernière, «complètement indépendante», a été réalisée par un «bureau allemand» lauréat d’une mise au concours calquée sur les critères de l’OMC. «Les autorités locales ont parfois offert quelques résistances, comme en Pologne dans un projet de sécurité du trafic, mais cela s’est ensuite arrangé.»

Par contre, deux projets présentent de graves irrégularités dans leur comptabilité. L’un en Hongrie, où une enquête est en cours. L’autre en Pologne, et le cas semble clos: «La Suisse ne paiera pas», résume Siroco Messerli, chef de la division Nouveaux Etats membres de l’UE à la DDC.

Elles sont positives, selon le Seco et la DDC. «Cette aide renforce la stabilité, la sécurité et la prospérité sur le continent européen. Elle solidifie les relations bilatérales avec les pays bénéficiaires et l’UE. Elle donne une image solidaire de la Suisse», énumère Raymund Furrer.

Ce n’est pas tout. Des organisations helvétiques en ont profité. «Environ 200 institutions ont noué des partenariats durables. C’est notamment le cas de la police cantonale zurichoise, de Spitex ou de la Croix-Rouge suisse», illustre Siroco Messerli.

Et puis, grâce aux 210 projets financés par Berne, «les entreprises suisses y ayant participé ont récolté en tout 111millions». Sans compter au moins deux milliards issus des marchés décrochés par la suite dans les Etats en question.


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