06.10.2017, 00:01  

«Ce ne sera plus jamais comme avant»

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L’armée met aussi la main à la pâte en nettoyant les maisons, dont les caves et les rez-de-chaussée ont été envahis par les boues.

 06.10.2017, 00:01   «Ce ne sera plus jamais comme avant»

Par ariane gigon, bondo (grisons)

La plupart des habitants de Bondo pourront bientôt rentrer chez eux. Mais la montagne bouge toujours, de 0,3 à 0,5 millimètre par jour.

aintervalles réguliers, une énorme détonation. Les travailleurs occupés à Bondo et à Spino, les deux villages du val Bregaglia envahis par des éboulements, fin août et mi-septembre, font exploser de gros blocs de roche pour pouvoir les transporter. «Le village ne sera plus jamais le même»: c’est ce que pensent de nombreux habitants. Mais pas tous. Des ouvriers...

aintervalles réguliers, une énorme détonation. Les travailleurs occupés à Bondo et à Spino, les deux villages du val Bregaglia envahis par des éboulements, fin août et mi-septembre, font exploser de gros blocs de roche pour pouvoir les transporter. «Le village ne sera plus jamais le même»: c’est ce que pensent de nombreux habitants. Mais pas tous. Des ouvriers sont en train de raccorder des aqueducs, de rétablir l’électricité et, surtout, de déblayer les 3,5 millions de mètres cubes de boues et de pierres ayant dévalé la montagne les 23 et 25 août, puis le 15 septembre. Lors du premier éboulement, le plus important jamais survenu en Suisse, huit randonneurs ont perdu la vie. Depuis, environ 140 habitants vivent chez des proches ailleurs dans la vallée.

«Le plus beau moment»

Avant-hier soir, des applaudissements ont retenti à plusieurs reprises dans la salle polysportive de Vicosoprano, un village voisin, qui fait partie, comme Bondo, de Bregaglia. La maire Anna Giacometti venait de confirmer aux habitants qu’ils pourraient retourner chez eux à partir du 14 octobre.

«Cela a été le plus beau moment, pour nous, depuis le 23 août», explique-t-elle, émue, après la réunion d’information qui avait été organisée pour la population. Selon elle, la très grande majorité des habitants n’ont pas quitté la vallée. «Mais certains ont encore peur et préfèrent soit rester où ils sont, soit encore attendre.»

Martin Keiser, expert en dangers naturels du canton, sur place depuis le 23 août, fait remarquer que «la montagne s’est calmée, mais la situation peut changer très vite. Le mouvement est constant, entre 0,3 et 0,5 millimètre par jour, ce qui n’est pas rien, même si l’on est loin des cinq à huit centimètres mesurés avant le 15 septembre.»

évaluer les zones à risques

Depuis avant-hier, les ouvriers se relaient durant vingt heures par jour, de 5 heures à 1 heure du matin. L’armée aide à nettoyer les maisons, dont les caves et les rez-de-chaussée ont été envahis par la boue. «Notre priorité est de libérer la zone de protection en prévision de nouveaux éboulements», explique Gian Cla Feuerstein, responsable cantonal des travaux de reconstruction.

Car 1,5 million de mètres cubes devrait encore se décrocher du pic Cengalo. Environ un tiers des gravats a déjà été déplacé au sud du village, sur des terres agricoles. L’objectif est de rouvrir la route cantonale au plus tard d’ici à début décembre.

Durant la soirée d’information, les habitants ont aussi reçu de nouvelles instructions en cas d’alerte. Ceux de la zone verte peuvent rester chez eux, mais dans les étages, ceux des autres zones doivent quitter leur logis. Les ouvriers ont une oreillette qui leur enjoindra de partir immédiatement si des coulées se déclenchent.

L’équipe de Martin Keiser est aussi en train d’élaborer des scénarios pour le long terme. Leurs analyses serviront à l’établissement d’un nouveau plan des zones à risques. Dans le pire des cas, certains endroits seront déclarés inhabitables. «De premières réponses devraient être apportées courant novembre», indique Martin Keiser.

Retrouver la normalité

Reto Scartazzini, qui vient de se réinstaller à Bondo, ne sait pas s’il l’aurait fait si les éboulements s’étaient produits avant qu’il résilie son précédent appartement, à Coire. Le vétérinaire, qui a mené sa carrière à Genève, pense que le village est changé à jamais. «La population est âgée, nous avons très peu de familles avec enfants.» Et la salle de gym, qui se dresse toujours, dans la coulée? «Je doute qu’elle soit rénovée», dit cet ancien maire de la commune.

Une autre habitante, Anna Giovanoli, qui habite Spino et pourra rentrer chez elle le 21 octobre, est plus confiante. «Cela prendra peut-être plusieurs années, mais notre village retrouvera sa normalité, j’en suis sûre.»


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