17.02.2017, 00:01  

Féminines et féministes

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Les filles du HC Sierre féminin avec leur entraîneur, Francesco Palmisano.
Par Christophe Spahr

LNC - Elles jouent au hockey, s’estiment un peu garçons manqués tout en se voulant coquettes, aussi. Les filles du HC Sierre, en LNB, doivent se battre dans un univers d’hommes.

«Il y a quelques années, j’avais encore honte de dire que je jouais au hockey.» Marie-Eve Revey est l’une des «anciennes» du HC Sierre féminin, l’une des figures emblématiques, aussi, d’un sport qui n’est pas destiné, a priori, aux filles. «Mais ça a bien changé, assure-t-elle. Il y a eu la médaille de bronze de la Suisse lors des Jeux de Sotchi en 2014. Depuis lors, les mentalités évoluent. Même en Valais…»

Preuve qu’elles n’ont plus honte, les filles s’affichent sur Facebook et revendiquent volontiers de taquiner le puck tout en restant très féminines. «Je n’ai jamais eu droit à des remarques déplacées, témoigne Maryline Janjic, une attaquante qui évolue aussi à Lausanne, en LNB. Mais je suis plus jeune. Il y a dix ou quinze ans, j’imagine volontiers que c’était plus difficile.» «En soirée ou à l’extérieur, on me dit souvent que je n’ai rien d’une hockeyeuse», sourit Marie-Eve Revey. «C’est quand même difficile d’exclure un côté garçon manqué», relève Nadège Kohler, une Sédunoise qui joue en défense. La remarque fait bondir ses coéquipières. «Oh, le cliché!» tacle Maryline Janjic. «Peut-être pas physiquement, c’est vrai. Mais l’esprit garçon manqué, on ne peut quand même pas le nier», poursuit Nadège Kohler.

Là-dessus, elles sont quasiment toutes unanimes. Elles reconnaissent toutes avoir grandi au côté de plusieurs frères ou d’avoir préféré les jeux de garçons aux poupées. «J’ai toujours été entourée de garçons, reconnaît Marie-Eve Revey. J’ai été influencée. A 9 ans, d’ailleurs, je voulais jouer soit au foot, soit au hockey.» «J’ai toujours adoré la vitesse», admet Maryline Janjic. Un peu plus loin, Marie-Françoise Dellavia, l’une des deux gardiennes, a pris le contre-pied parfait. Elle, au début, pratiquait du patinage artistique. Un sport de filles. «Durant quinze ans, soupire-t-elle. Je voulais faire comme mon père et mon frère qui jouaient au hockey. Ma mère me l’a interdit. Du coup, elle m’a mis au patinage artistique. J’ai dû attendre plus tard pour enfiler des patins de hockey. Deborah Palmisano, l’autre gardienne, a suivi la même trajectoire.» La remarque qu’elles entendent le plus souvent et qu’elles peinent le plus à digérer tient aux rumeurs qui entourent les équipes féminines, quel que soit le sport collectif. «Ma grand-mère m’a mis en garde quand je lui ai dit vouloir prendre un appartement en colocation», sourit l’une d’elles. «Ça revient continuellement», reconnaissent-elles toutes unanimement. «Chez les garçons, cette tendance est encore tabou. Alors que chez les filles, ça paraît être inéluctable.» «Cette étiquette me gêne», glisse Marie-Eve Revey. «Peut-être qu’on est grillée chez les garçons», rigole Maryline Janjic.

Le club leur offre les maillots

Au sein du HC Sierre, les filles estiment être de mieux en mieux considérées. Certes, l’équipe est indépendante, financièrement. Il lui faut trouver des ressources financières à travers la vente de gâteaux, l’organisation d’une soirée – le 11 mars au Sierrois – et d’autres événements. Mais les dirigeants du club leur ont offert les maillots. «Ils sont à notre écoute et cherchent à nous aider.» Et les heures de glace? «C’est toujours compliqué parce qu’il y a trop d’équipes pour une seule surface, reconnaissent-elles. En général, nous avons droit à un entraînement par semaine. Parfois, il faut louer une glace à Nendaz ou à Lens.» Le mot de la fin à Marie-Eve Revey. «Il faut se battre pour s’imposer. C’est notre côté un peu féministe…»

lnb: en route pour les finales de promotion

Deuxième à deux points de Chamonix, équipe qui ne peut pas être promue, Sierre féminin affronte le leader, dimanche à 20 heures, pour sa dernière rencontre de la saison régulière. Il lui faut gagner pour être sûre de disputer les play-off puisque derrière, Neuchâtel est tout proche. «Nous tenons à jouer ces finales même s’il n’est pas question de promotion, lâchent-elles. D’une part, nous sommes déjà un peu juste en termes de contingent. D’autre part, les déplacements seraient plus importants encore. Ce ne serait pas raisonnable d’ambitionner la LNB.»

Durant la saison régulière, Sierre a notamment concédé une défaite qui pourrait être lourde de conséquences face à La Chaux-de-Fonds. «Nous avons encaissé trois buts en dix minutes», regrettent-elles encore. A l’inverse, les filles avaient battu Chamonix sur sa glace.

Sierre féminin, en LNC Suisse romande, est donc la dernière formation valaisanne. Viège et Martigny, notamment, qui avaient aussi des filles par le passé, ont jeté l’éponge, faute de joueuses. Entraînées par Francesco Palmisano, elles sont quinze à garnir le contingent. La plus jeune a 13 ans, la plus âgée a 37 ans. «Parmi nous, il y a des mères de famille», sourient-elles. cs


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