02.10.2017, 23:40

Le bon allemand est tout sauf boudé

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Le bon allemand est tout sauf boudé

 02.10.2017, 23:40 Le bon allemand est tout sauf boudé

Par Ariane Gigon, Zurich

Selon une étude, les Alémaniques ne rechignent pas autant qu’on le croit a parler la langue de Goethe.

Malgré ce que pensent parfois les Romands, le bon allemand est pratiqué dans toute la Suisse alémanique, et cela à haute dose. C’est ce qui ressort d’une étude, première du genre, sur la place de l’allemand et du suisse allemand en Suisse, publiée hier par l’Office fédéral de la statistique (OFS). Elle montre aussi que le dialecte s’impose même...

Malgré ce que pensent parfois les Romands, le bon allemand est pratiqué dans toute la Suisse alémanique, et cela à haute dose. C’est ce qui ressort d’une étude, première du genre, sur la place de l’allemand et du suisse allemand en Suisse, publiée hier par l’Office fédéral de la statistique (OFS). Elle montre aussi que le dialecte s’impose même chez les personnes qui ne le parlent pas dans leur enfance.

Réalisée en 2014 auprès de quelque 16 500 personnes, l’analyse des données de l’enquête sur la langue, la religion et la culture fournit des données plus précises que les précédents recensements sur la pratique du suisse allemand et du «bon» allemand, dit aussi allemand «standard», en Suisse. Si elle confirme certaines connaissances, par exemple le poids de l’allemand – sous toutes ses formes – au Tessin (où il est parlé par 35% de la population, contre 21% en Suisse romande), elle révèle aussi des éléments inédits.

Pas un problème

Ainsi, seul 1,6% des Alémaniques n’utilisent que le suisse allemand. «Le résultat est un peu biaisé par le fait que la question portait aussi sur l’usage écrit», précise Lina Bartels, de l’OFS, qui a réalisé l’étude avec Renata Coray, de l’Institut de plurilinguisme de l’Université et de la Haute Ecole pédagogique de Fribourg. Or, le bon allemand est pratiquement incontournable à l’écrit – si l’on excepte les textos, écrits très souvent en suisse allemand.

Entre 97% et 98% des individus habitant en Suisse alémanique parlent régulièrement, soit au moins une fois par semaine, l’allemand standard. Mais son usage – langue exclusive de 10% de la population – est plus étendu dans les centres urbains économiquement forts ou situés à la frontière. C’est à Bâle-Ville et à Zoug, puis Zurich, mais aussi Schaffhouse, que le bon allemand parlé seul est le plus présent. «Cela s’explique aussi par la forte présence de multinationales où l’allemand standard est le plus pratiqué», explique Lina Bartels.

En vogue chez les jeunes

Tandis que la pratique du suisse allemand est généralisée, celle du bon allemand est un signe de différenciation sociale: la proportion de personnes parlant seulement l’allemand standard est deux à trois fois plus élevée dans le tertiaire. Cela s’explique, aussi, par la forte présence d’Allemands dans ce domaine, notent les auteures.

L’allemand ne semble pas être un problème pour les personnes d’autres nationalités. «Plus de la moitié d’entre eux, 54%, utilisent le suisse allemand au moins une fois par semaine», note Lina Bartels. En l’état, il n’est donc pas possible de prétendre que le dialecte est un obstacle à l’intégration, selon elle.

L’étude montre aussi le succès du dialecte chez les jeunes. Plus de 80% des 15-24 ans disent n’utiliser que ce dernier avec leurs amis ou leurs proches. Cette proportion chute chez les 25-39 ans, puis augmente à chaque tranche d’âge. Le bon allemand est aussi omniprésent dans la vie active et est la langue dominante dans les médias électroniques, même chez les jeunes. «On peut supposer qu’ils ont plus d’affinités avec les médias internationaux et avec internet que les personnes plus âgées et qu’en conséquence ils voient moins d’émissions et de films en suisse allemand», soulignent les auteures.

Un ciment des couples?

Surprise dans le registre intime: Le dialecte s’impose lorsqu’un des deux partenaires a une autre langue maternelle que l’allemand. Si l’un des deux manie le bon allemand depuis l’enfance, le dialecte devient la langue du couple dans deux cas sur cinq.

Il s’impose aussi entre l’enfance et l’âge adulte: «Plus d’un quart des personnes qui ne parlaient pas l’allemand dans leur enfance déclarent aujourd’hui l’allemand comme langue principale», révèlent les auteures. Même les parents qui une ’autre langue maternelle parlent le suisse allemand avec leur enfant. Un quart le fait en suisse allemand, un autre quart en allemand standard. L’étude sera reconduite en 2019.


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