09.01.2017, 00:01  

Obama ou la prudence diplomatique

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Partisan du dialogue, Obama y a recouru avec la Chine à plusieurs occasions. Résultat: aucun incident grave entre les deux pays, ce qui est plutôt un succès.

 09.01.2017, 00:01   Obama ou la prudence diplomatique

Par Alexis rapin

ÉTATS-UNIS - Le bilan international des huit ans de mandat du président est l’objet de nombreuses controverses. Décryptage avec le politologue Charles-Philippe David.

Au lendemain de son élection en 2008, Barack Obama suscite d’immenses espoirs aux Etats-Unis et à travers le monde. Il a notamment promis la fin de la guerre en Irak et un retour au dialogue avec les adversaires de l’Amérique. Huit ans plus tard, c’est un tableau moins idyllique qu’il laisse derrière lui: entre autres, des conflits persistants au...

Au lendemain de son élection en 2008, Barack Obama suscite d’immenses espoirs aux Etats-Unis et à travers le monde. Il a notamment promis la fin de la guerre en Irak et un retour au dialogue avec les adversaires de l’Amérique. Huit ans plus tard, c’est un tableau moins idyllique qu’il laisse derrière lui: entre autres, des conflits persistants au Moyen-Orient et une résurgence du terrorisme malgré une sanglante guerre de l’ombre.

Charles-Philippe David, professeur de sciences politiques à l’Université du Québec à Montréal, est l’auteur de nombreux ouvrages sur la politique étrangère américaine, parmi lesquels «Au sein de la Maison-Blanche». Il dresse un bilan en clair-obscur de la présidence Obama.

En 2008, on attendait de Barack Obama une grande transformation de la politique étrangère américaine. A-t-elle véritablement eu lieu?

Par rapport à George W. Bush, il est clair qu’il y a eu un changement de ton, de style. On a observé un retour à une diplomatie non seulement plus prudente, mais aussi plus multilatéraliste. Cependant, plusieurs grandes promesses électorales de 2008 n’ont pas vraiment été tenues. Pensons par exemple à la fermeture de Guantanamo ou au progrès en matière de désarmement nucléaire, qui constituait d’ailleurs la principale raison pour laquelle Barack Obama a reçu le prix Nobel de la paix.

Comment résumer sa philosophie en la matière?

Au final, son credo aura été, comme il l’a dit lui-même, «ne rien faire de stupide». Et de fait, il ne lègue à son successeur aucun bourbier supplémentaire. Certains diront que c’est un succès. D’autres diront que sa passivité sur certains dossiers, comme la Syrie, n’en a pas été moins nuisible.

Que retiendra-t-on comme grands succès de la politique extérieure de Barack Obama?

Il faut savoir qu’aux Etats-Unis, presque tout le bilan d’Obama est sujet à controverse. L’un des rares succès à faire consensus est probablement l’élimination d’Oussama Ben Laden en 2011. Le choix de lancer une opération commando n’était pas facile, mais s’est avéré être un pari gagnant.

Autre point positif à son «tableau de chasse»?

Pour ma part, même s’il divise énormément, je suis également impressionné par l’accord sur le nucléaire iranien. Durant les années W. Bush, combien de fois a-t-on parlé d’aller bombarder l’Iran? Or, aujourd’hui, on dispose d’un traité solide, obtenu sans tirer une balle. C’est un grand succès. J’y ajouterai l’ouverture vers Cuba, qui marque à mon sens la fin d’une longue hérésie diplomatique, qui n’atteignait pas son objectif de démocratisation de l’île.

Et comme grands échecs?

La Syrie demeurera probablement comme le plus gros revers. La Libye également, pour avoir échoué à gérer l’après-intervention. De manière générale, malgré une utilisation très habile des drones et des opérations commandos, Barack Obama n’a pas non plus vraiment fait avancer la guerre contre le terrorisme. A cet égard, le retrait précipité d’Irak, qui a accéléré l’émergence de Daech, est probablement aussi à ranger parmi les erreurs.

Autre grand échec?

Sur le plus long terme, je dirais qu’un autre grand revers fut la tentative, en 2009, de remettre les compteurs à zéro dans la relation avec la Russie. Le conflit en Ukraine, l’annexion de la Crimée et désormais l’intervention russe en Syrie sonnent comme une grande défaite diplomatique: Barack Obama n’a pas su contenir le retour d’un adversaire qu’on disait moribond et qui apparaît désormais très influent.

A-t-il mieux géré la montée en puissance de la Chine?

Plutôt, oui, dans la mesure où aucun incident grave ne s’est produit entre les deux géants. Lorsqu’on observe l’histoire des relations entre grandes puissances, les choses se sont souvent réglées par les armes et avec beaucoup de morts! Or, Obama est un partisan du dialogue et y a recouru avec la Chine à plusieurs occasions, sur les questions commerciales entre autres.

Qu’a-t-il obtenu de Pékin?

Il a obtenu plusieurs bons gestes de la part de la Chine, qui ne s’est par exemple pas opposée à l’intervention en Libye. Il y a bien entendu aussi des dossiers où la collaboration a fait du sur-place, comme la Corée du Nord. Et il faudra voir quelle approche adoptera Donald Trump à l’avenir. Toujours est-il que si l’ascension de la Chine se poursuit sans heurt avec les Etats-Unis, Obama aura peut-être commencé la première grande reconfiguration pacifique du système international.

Et l’Europe, dans tout ça?

Il y a eu un certain délaissement de la part des Etats-Unis. On a pu le voir notamment dans le dossier ukrainien, où c’est clairement Angela Merkel qui a pris les devants et Obama qui a suivi. Il y a certes eu un élargissement des garanties de sécurité américaines envers les pays baltes ou la Pologne, mais ce sont des manœuvres beaucoup plus frileuses que ce que d’autres présidents ont entrepris par le passé.

Pourquoi un tel désintérêt?

Les raisons expliquant ce désintérêt sont multiples. Jusqu’en 2010, la priorité sécuritaire de l’administration Obama n’est pas la Russie mais plutôt la Chine. On considère donc qu’il va probablement falloir réduire la présence américaine en Europe et accroître celle en Asie. Par ailleurs, Obama est peut-être aussi le premier président non euro-centré: il est né à Hawaii d’un père kényan et a vécu en Indonésie. Il est porteur d’une vision du monde plus ouverte, dans laquelle l’Europe n’est pas nécessairement plus importante que d’autres régions.

Le pivot introuvable vers l’Asie

C’était le grand projet stratégique de Barack Obama: sortir l’Amérique des bourbiers d’Irak et d’Afghanistan afin d’opérer un grand «pivot vers l’Asie».

Annoncé en octobre 2011, ce fameux «pivot» visait à réorienter les ressources des Etats-Unis vers leur nouvelle priorité, contenir l’ascension de la Chine. Le 44e président américain, toutefois, ne s’en tira pas à si bon compte: le difficile lendemain des printemps arabes et l’attaque de l’ambassade de Benghazi en 2012, ou plus tard l’avènement de Daech, ramenèrent continuellement l’attention de l’administration Obama sur le Moyen-Orient.

Cinq ans plus tard, que reste-t-il du fameux pivot? «On ne perçoit pas directement comment il a modifié l’échiquier géopolitique en Asie», estime Charles-Philippe David, politologue spécialiste de la politique étrangère américaine, «mais il a véhiculé une réaffirmation de l’intérêt américain pour cette région, qui a été clairement entendue par les pays concernés.»

De fait, les Etats-Unis ont, discrètement mais sûrement, raffermi leur collaboration avec des alliés régionaux tels que l’Australie, mais aussi avec des Etats moins amis, comme le Vietnam. «L’administration Obama a aussi pris d’importants engagements afin de les soutenir dans les contentieux territoriaux en mer de Chine», rappelle le chercheur.


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