07.10.2017, 00:01  

Le Nobel de la paix se heurte à la réalité nucléaire

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Beatrice Fihn, directrice de la Campagne internationale pour l’abolition des armes nucléaires, a vu, hier, son combat récompensé par le prix Nobel de la paix. Quant à savoir si cela changera quelque chose...

 07.10.2017, 00:01   Le Nobel de la paix se heurte à la réalité nucléaire

Par Isabelle Lasserre

L’Ican, la Campagne internationale pour l’abolition des armes nucléaires, a été récompensée par le jury norvégien.

Les jurés du prix Nobel de la paix norvégien vivent-ils au pays des bisounours? A l’heure où le dictateur nord-coréen Kim Jong-un menace l’Europe et les Etats-Unis de sa nouvelle arme nucléaire, ils ont décerné, hier, leur récompense annuelle à l’Ican, la Campagne internationale pour l’abolition des armes nucléaires. Ce collectif d’ONG a contribué au Traité d’interdiction de l’arme...

Les jurés du prix Nobel de la paix norvégien vivent-ils au pays des bisounours? A l’heure où le dictateur nord-coréen Kim Jong-un menace l’Europe et les Etats-Unis de sa nouvelle arme nucléaire, ils ont décerné, hier, leur récompense annuelle à l’Ican, la Campagne internationale pour l’abolition des armes nucléaires. Ce collectif d’ONG a contribué au Traité d’interdiction de l’arme atomique, une déclaration d’intention adoptée par 122 Etats, le mois dernier, pendant l’Assemblée générale de l’ONU, mais boycottée par les pays dotés de l’arme atomique.

La paix dans le monde, l’amour entre les peuples, une planète débarrassée de ses armes de destruction massive: qui pourrait en théorie s’opposer à ces généreuses utopies? Même Barack Obama, dans un fameux discours d’avril 2009, avait rêvé d’un «monde sans armes nucléaires». La réalité l’avait très vite contredit et les milieux stratégiques l’avaient soupçonné de naïveté.

«Nous vivons dans un monde où le risque d’une utilisation des armes nucléaires est plus grand qu’il ne l’a jamais été», a affirmé, hier, la présidente du Comité Nobel norvégien, Berit Reiss-Andersen, qu’aucun stratège ne viendrait contredire sur ce point. La guerre nucléaire menace entre la Corée du Nord et les Etats-Unis. Elle ressurgit régulièrement entre l’Inde et le Pakistan. La prolifération se développe dans le monde. En Iran, elle est encouragée par Donald Trump, quand il menace de déchirer l’accord nucléaire. En Asie et au Moyen-Orient, elle séduit de nombreux pays qui n’ont plus confiance dans la garantie de sécurité américaine ou ont tiré les leçons des expériences irakiennes, libyennes ou ukrainiennes. Pour ne pas être envahi, mieux vaut avoir l’arme nucléaire et ne pas s’en débarrasser.

«Un facteur de paix et de stablilité»

Mais les pressions des militants antinucléaires se concentrent davantage contre les démocraties occidentales que contre les dictatures ou les régimes autoritaires et expansionnistes. Non par idéologie, mais parce que les coups y pénètrent mieux, en tout cas dans les opinions publiques. Pour la directrice d’Ican, Beatrice Fihn, qui commentait, hier, l’attribution du Nobel à Genève, le risque de dérapage nucléaire réside davantage aujourd’hui dans l’attitude de Donald Trump que dans les gestes et les intentions de la Corée du Nord...

L’arme nucléaire «est devenue un facteur de paix et de stabilité internationale» après 1945, comme le rappelait, jeudi, un spécialiste à l’occasion d’un colloque sur la dissuasion organisé par la Fondation pour la recherche stratégique (FRS). «Le général de Gaulle voulait que la France dispose de toutes les armes de la puissance. Sans arme nucléaire, le pays aurait été soumis au chantage des grandes puissances», commentait aussi Jean-Claude Mallet, grand spécialiste des questions de stratégie.

Après l’humiliante défaite de 1940, l’acquisition de la bombe nucléaire, en 1960, fut aussi un moyen, pour la France, de recouvrer sa puissance et d’acquérir son indépendance, notamment vis-à-vis des Etats-Unis. Aujourd’hui encore, «l’arme nucléaire donne à une puissance moyenne comme la France des moyens essentiels», poursuit Maurice Vaïsse, spécialiste de l’histoire nucléaire française.

L’équation stratégique ne change pas

Décalé, le combat des antinucléaires est aussi «contre-productif», pour Bruno Tertrais, le directeur adjoint de la FRS. «Il empêche de voir la réalité stratégique. Il produit une illusion sur ce qu’il est possible de faire ou non en matière de désarmement.» Mais les campagnes des abolitionnistes «ne changent pas l’équation stratégique», poursuit le spécialiste. «Jamais une tête nucléaire n’a été retirée en France du fait d’une supposée pression internationale.» Le Figaro


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