03.10.2017, 05:30  

Pascal Auberson seul au piano Au Baladin de Savièse

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Pascal Auberson fait partie des quinze lauréats 2017 du Prix suisse de musique.

 03.10.2017, 05:30   Pascal Auberson seul au piano Au Baladin de Savièse

concert - Musicien, plasticien, artiste holistique et sans filet, Pascal Auberson donnera un spectacle aussi rare qu’exclusif ce jeudi 5 octobre au Théâtre du Baladin. Une performance qui n’appartiendra qu’à ce seul moment.

Il sera seul ce jeudi sur la scène du Baladin, comme souvent aujourd’hui, funambule gracile et sans âge du rythme et des notes. Seul – avec le secours de samplers électroniques – face au magnifique Steinway qui donne une densité particulière à ce théâtre valaisan, seul face au piano, machine d’ivoire et d’ébène à laquelle Pascal Auberson insuffle une âme – la sienne – à chaque fois qu’il en joue. Ce qui en sortira, les émotions que sa voix mettra en mots, personne ne le...

Il sera seul ce jeudi sur la scène du Baladin, comme souvent aujourd’hui, funambule gracile et sans âge du rythme et des notes. Seul – avec le secours de samplers électroniques – face au magnifique Steinway qui donne une densité particulière à ce théâtre valaisan, seul face au piano, machine d’ivoire et d’ébène à laquelle Pascal Auberson insuffle une âme – la sienne – à chaque fois qu’il en joue. Ce qui en sortira, les émotions que sa voix mettra en mots, personne ne le sait encore vraiment. Pas même lui, à vrai dire...

Sans cadre, pas de liberté

Dans son atelier lausannois du Flon, dans son bleu de travail une pièce, il raconte. Autant par ses gestes souples, amples et précis de danseur que par son timbre insondable. «Improvisation... C’est un mot qui fait un peu peur. On a vite l’impression que ce n’est pas du travail. Alors que c’est l’inverse. Après vingt ans passés à la développer, elle devient un langage.» Et qui dit langage dit règles. «Il faut un cadre. Sans cadre, pas de liberté. J’aime cette phrase de Gide: «L’art naît de contraintes, vit de lutte et meurt de liberté.» Aujourd’hui, je comprends ces mots...» 

Un mouvement ininterrompu

La liberté... C’est peut-être cette notion qui noue entre elles les identités multiples de Pascal Auberson. Depuis son entrée en scène au début des années 70, ses succès parisiens, Piano Seven, BigBang, la musique de balet, les digressions jazz subversives avec le regretté Léon Francioli, jusqu’à la modernité totale du dernier album «Seul sous la douche» réalisé avec le toujours pertinent Christophe Calpini (Stade, Bashung, etc.), le musicien veille consciencieusement à demeurer inclassable. 

«Tinguely a été très important», lance-t-il en observant au mur une lettre illustrée, rédigée de la main du plasticien de génie et vecteur de chaos au cœur de la stérilité mécanique. «Je l’ai connu brièvement mais brutalement. Il m’a aidé à ne pas devenir trop con à 20 ans quand le succès est venu. Il m’a dit avec son accent inimitable: «Une fois que t’as une casquette, tu la tournes...» Et quand il venait voir mes concerts, il aimait quand quelque chose foirait. Il adorait le grain de sable...»

Le grain de sable, le facteur humain. Ce qui en chacun réfute le consumérisme, la productivité poussée jusqu’à l’absurde, tout ce qui au final dépossède l’homme de ce qu’il a de plus précieux: son temps. «En concert, parfois, je vois devant moi des dizaines et des dizaines de petites lumières, celles des portables qui filment. Je me souviens d’un soir où à peine sorti de scène, j’étais déjà sur Facebook. Là, on n’est plus dans l’instant. On ne vit plus le moment. C’est dommage.»  

Racines et feuillages

Comme en improvisation, le discours libre amène ses écueils, ses pièges. Vigilant, Pascal Auberson nuance. «Attention, hein, je ne suis pas de ceux qui gueulent que c’était mieux avant. J’ai deux enfants, un petit-enfant... je dois rester en alerte, ouvert. Je dis juste qu’il faut garder la maîtrise, le sens. Pourquoi j’emmène mon petit-fils en forêt pour qu’il voie les arbres? Parce que je crois en la patrie au sens étymologique: «terre des pères». On doit savoir d’où on vient pour s’élever. Pour tenir, pour faire des feuilles, l’arbre doit planter profondément ses racines...»

Sages paroles... Auberson, qui fut très lié aux acteurs du free jazz qui voulaient «tout péter, la mélodie, l’harmonie, la fonction...», est aujourd’hui plus vivant artistiquement que jamais, même s’il dit dans un sourire que sa «carrière est derrière». N’empêche, ancré et fluide, il est de ceux qui réconcilient hier et demain et parviennent à danser avec la machine autant qu’avec le sable.     

«On Steinway» jeudi 5 octobre, 20h30. Réservations: 079 830 61 27. www.lebaladin.ch 

 

 


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