04.10.2017, 23:34

«la culture a un rôle à jouer dans l’économie»

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«la culture a un rôle  à jouer dans l’économie»

 04.10.2017, 23:34 «la culture a un rôle à jouer dans l’économie»

Par patrice.genet@LENOUVELLISTE.CH

C’était le credo énoncé par Jacques Cordonier en octobre 2005 lors de sa première interview pour «Le Nouvelliste» en tant que chef du Service de la culture du canton du Valais: «La culture, c’est la vie. Et la vie est généreuse.» Depuis, celui qui a dirigé durant plus de vingt ans la Médiathèque Valais n’a pas dévié d’un...

C’était le credo énoncé par Jacques Cordonier en octobre 2005 lors de sa première interview pour «Le Nouvelliste» en tant que chef du Service de la culture du canton du Valais: «La culture, c’est la vie. Et la vie est généreuse.» Depuis, celui qui a dirigé durant plus de vingt ans la Médiathèque Valais n’a pas dévié d’un iota de sa ligne, tracée par deux axes forts: le soutien à la professionnalisation des artistes et leur rapprochement avec la population.

Jacques Cordonier, mardi c’était la journée du tourisme à la Foire du Valais, hier celle de la culture. A l’heure où le tourisme doit trouver de nouvelles pistes pour se renouveler, la culture est-elle appelée à jouer un rôle plus important?

Oui. L’étude sur le poids de la culture menée par Pierre-Alain Hug montre bien qu’elle a un rôle à jouer dans l’économie valaisanne. Elle doit prendre une place plus forte dans l’évolution vers le tourisme quatre saisons. Les stations commencent à prendre conscience de cela. Et ce n’est pas un mouvement propre au Valais.

Il y avait une époque où les artistes étaient en opposition avec la tradition... C’est vrai. Mais aujourd’hui, des événements comme le Palp Festival jouent avec cette tradition, sans complexe. Et c’est comme cela qu’elle va se maintenir. Car en face, les porteurs de la tradition, comme le fromager Eddy Baillifard, en jouent eux aussi. Et dans le même élan, on a une renaissance du patois, avec des artistes comme Marc Aymon ou Sylvie Bourban.

Le tissu économique change, devient plus urbain. Mêler les cultures rurale et urbaine est un des enjeux du Valais. Ma génération en aurait été incapable.

Vous avez la semaine dernière opéré un bilan intermédiaire du dispositif participatif «Art en partage», qui vise à rapprocher artistes et population. Une démarche qui vous tient à cœur.

Oui. Parce que sensibiliser les citoyens au rôle et à l’importance sociale de l’artiste est l’un des principaux enjeux actuels. L’artiste est un sismographe de l’avenir. Il sent les mouvements de la société un peu avant la majorité des gens. Il a un rôle social, politique. Les pouvoirs publics doivent favoriser un espace pour cela.

Comment a évolué le budget du Service de la culture?

Entre 2005 et 2013, le budget total est passé de 20 à 30 millions de francs. Depuis lors, il s’est tassé pour participer aux économies budgétaires générales. Nous essayons de soutenir modestement mais assez largement au départ, puis de limiter le nombre de soutiens mais de donner un peu plus à chacun. Il faut donner une chance, puis faire une sélection. Pour qu’il y ait le Valaisia Brass Band, il faut qu’il y ait un tissu musical autour – les fanfares, les ensembles de cuivres – qui lui permette d’émerger.

En douze ans, quelle a été votre plus grande avancée?

Je n’aurais pas été un bon chef de la culture si on m’avait demandé d’ériger un phare, de construire LE musée ou LE théâtre. La plus grande avancée, c’est d’être parvenu à faire en sorte que les artistes puissent davantage travailler en Valais.

Vous avez pour leitmotiv cette professionnalisation des acteurs culturels, un mouvement qui se marque dans les années 1990 en Suisse romande avec l’arrivée des Hautes écoles, de théâtre ou de Musique notamment. Force est de constater, malgré tout, que vivre de son art en Valais est, au mieux, compliqué… Pourquoi est-ce que cela ne marche pas?

Il y a une augmentation du nombre d’artistes professionnels. Je prends l’exemple des arts de la scène. En 2005, on ne comptait qu’une dizaine de compagnies qui avaient un lien fort avec le Valais. Il y en a entre 25 et 30 aujourd’hui. Et puis dans le même temps, les moyens publics pour soutenir la création artistique n’ont pas progressé à la même vitesse.

Un artiste est mieux formé, mais c’est plus difficile pour lui d’exercer son métier uniquement dans la création. Il y a des solutions originales à imaginer également hors du champ de la production subventionnée.

C’est-à-dire?

De tout temps, la culture a été soutenue par les pouvoirs publics, elle en a besoin. Mais il y a d’autres moyens pour lui permettre d’exister. On peut avoir différentes facettes de son activité. Beaucoup de musiciens sont dans l’enseignement de la musique. Après, c’est un choix personnel, certains diront qu’ils ne peuvent pas se distraire une minute de leur acte de créateur.

Où le Valais est-il bon?

Il y a un seul endroit où on est collectivement les meilleurs: les brass bands. Là, on est sans concurrence au niveau suisse. Dans les autres domaines, on a des artistes qui sont parmi les meilleurs. Je pense à Mathieu Bertholet, à Cosima Grand, à Béatrice Berrut, à Estelle Revaz, à Valentin Carron par exemple.

Et évidemment Claude Barras (ndlr: réalisateur du long métrage d’animation «Ma vie de Courgette»), connu mondialement et au-delà des cadres artistiques et culturels.


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