06.10.2017, 00:01  

«Dans l’obscurité, il y a déjà la lumière de demain»

Abonnés
chargement
«Dans l’obscurité, il y a déjà la lumière de demain»

 06.10.2017, 00:01   «Dans l’obscurité, il y a déjà la lumière de demain»

Par Jean-François Albelda

Nocturne. Comme dans le romantisme de Chopin et ses profondes pièces pour piano, le terme appelle une chaude mélancolie. C’est aussi le titre du nouvel album de Girls In Hawaii, qui transfigure le traumatisme de la disparition du batteur Denis Wielemans en 2010 à la suite d’un accident de voiture. Car là où le précédent opus «Everest» voyait ses...

Nocturne. Comme dans le romantisme de Chopin et ses profondes pièces pour piano, le terme appelle une chaude mélancolie. C’est aussi le titre du nouvel album de Girls In Hawaii, qui transfigure le traumatisme de la disparition du batteur Denis Wielemans en 2010 à la suite d’un accident de voiture. Car là où le précédent opus «Everest» voyait ses climats aériens imprégnés de douleur, «Nocturne» est un disque de résilience, un disque de la phosphorescence et de l’obscurité, de la lumière vers laquelle on choisit d’aller.

«Nocturne» est un disque en clair-obscur. On a le sentiment d’un faisceau qui éclaire la nuit, dévoile des choses, en laisse deviner d’autres encore plongées dans le noir…

C’est tout à fait ce qu’on voulait faire. Après «Everest», qui était le disque du deuil, on avait juste l’idée de réaliser une peinture sonore, étaler les couleurs, voir ce qui allait en ressortir. C’est après, une fois qu’on a pris un pas de recul, qu’on a pu trouver comment mettre tout ça en forme. On est tombé sur cette peinture de Tom Hammick, qui est devenue la pochette du disque, qui nous a fascinés. Elle évoquait la lumière nocturne, les lampadaires, la lune… On a voulu exprimer la lumière dans l’obscurité. On a aussi beaucoup observé le monde, pour raconter autre chose que nos petites vies. Et dans l’obscurité, il y a toujours la lumière de demain.

Vous êtes vous-mêmes assez nocturnes comme personnes?

La nuit est assez propice à la musique, c’est une évidence. Même si avec le temps, on a appris à être un peu plus diurnes. J’ai été insomniaque pendant longtemps, la nuit me stimule… C’est une solitude rassurante. Le morceau «Indifference» parle de ça. Tu roules en voiture, tu rentres de loin, t’es tout seul et tu passes devant toutes ces maisons où les gens dorment. Tu peux les imaginer, les observer… C’est comme si on leur volait gentiment un peu de leur bien-être.

D’une certaine façon, «Nocturne», c’est comme si tout ce qui avait été planté en germe dans «Everest» a grandi de lui-même…

C’est juste. Sur «Everest», on a essayé de dépasser un climat très lourd en faisant quelque chose de très aérien. Parce que Denis était vraiment une personne lumineuse. On y est arrivé en partie, parce qu’on était encore au cœur de cette tourmente. «Nocturne», c’est comme un happy end à «Everest». On a pu enfin trouver la teinte, la nuance qu’on cherchait.

Cela se ressent-il directement dans les climats électroniques, les textures?

Oui, ces couches de sons, ces synthés, ça nous a paradoxalement permis de mettre les émotions en avant. Cette sorte de froideur esthétique a permis de dégager de l’espace pour nos voix. On est aussi des enfants des années 1980. On a sauté sur l’occasion du revival auquel on assiste… C’est génial quand t’y penses. Ado, je ne supportais pas ces sons. Nirvana les avait rendus ringards en un riff. Là, je crois qu’on est dans le regard attendri sur un passé commun. C’est important pour l’âme de faire la paix avec quelque chose qu’on a détesté mais qui fait partie de nous.

Il y a cette chanson, «Blue Shape», qui parle du drame du petit Aylan, de l’image qui avait secoué le monde en 2015. Comment avez-vous abordé l’exercice délicat de lui dédier une chanson?

La chanson est partie de cette image qui nous a beaucoup marqués. La mer qui rejette un enfant, c’est un symbole terrible. Je savais qu’en dix lignes, il serait impossible de parler de tout ce drame infiniment complexe. J’ai plutôt voulu parler de l’image, de ce qu’on voyait. Ce morceau dit juste l’impact émotionnel qu’elle a eu sur nous.

Est-ce une façon de passer par-dessus le filtre cérébral? D’exprimer ce qui est impossible à verbaliser?

On passe notre temps à essayer de passer au-dessus du filtre. Antoine (ndlr: Wielemans, chant, guitare) et moi sommes des gens extrêmement cérébraux, un peu crispés. On doit apprendre à lâcher prise. La musique est un bon moyen pour le faire.

Dans vos chansons, on retrouve souvent ce rapport à l’enfance, à l’innocence…

Oui, c’est l’ADN du groupe. L’enfance perdue, la recherche de sensations oubliées… Exprimer cette douleur de devoir renoncer à l’émerveillement. En grandissant, il faut faire des efforts pour retrouver cet état d’esprit.

Vous êtes tous pères de famille. Est-ce qu’on retrouve ces sensations à travers les yeux de ses enfants?

Oui, c’est vrai que c’est superagréable de retrouver à travers eux cette notion de jeu, de voir combien tous les petits détails sont importants. C’est très fascinant et ça n’est pas loin de l’état dans lequel on peut être en faisant de la musique. Mais c’est la quête d’une vie pour moi.


Vous avez lu gratuitement
une partie de l'article.

Pour lire la suite :

Profitez de notre offre numérique dès Fr 2.- le 1er mois
et bénéficiez d'un accès complet à tous nos contenus

Je profite de l'offre !
Top