18.01.2017, 23:17

Pouvoir lire entre les lignes

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 18.01.2017, 23:17 Pouvoir lire entre les lignes

Par Estelle baur

DYSLEXIE Grâce à la reconnaissance des troubles «dys-», les enfants bénéficient aujourd’hui d’une bonne prise en charge.

Difficultés de lecture, écriture illisible, confusion dans les lettres, telles sont certaines des caractéristiques de la dyslexie. En Suisse, ce trouble toucherait 5 à 10% de la population, selon Nohémie Colin Imsand, logopédiste et thérapeute au CDTEA de Monthey (Centre pour le développement et la thérapie de l’enfant et de l’adolescent): «Il est toutefois bon de noter que les diagnostics sont sans doute plus nombreux aujourd’hui, puisque depuis 2010, il existe une directive scolaire selon laquelle un enfant présentant un trouble «dys-» a droit à des aménagements dans le cadre de sa formation. C’est peut-être ce qui explique aussi l’augmentation des demandes de diagnostic de la part des adolescents, qu’ils soient au cycle, au collège ou en formation professionnelle.» Les CDTEA prennent en charge les jeunes de 0 à 20 ans. Il est possible, au-delà, de s’adresser à des logopédistes installés en cabinet privé.

Dans quel cas parle-t-on de «dyslexie»?

Trouble héréditaire, la dyslexie se diagnostique tôt: «On considère que l’enfant dispose des deux premières années de primaire (soit la 3H et la 4H) pour apprendre à lire, nous explique Nohémie Colin Imsand. Si au terme de ces deux ans, les enseignants ou les parents constatent que l’enfant a encore des difficultés à mettre en place cette lecture, il est probable qu’il s’agisse de troubles «dys-». Dans ce cas de figure, l’enfant ne présente toutefois ni un retard global de développement, ni des difficultés au niveau sensoriel.

Ce type de troubles ne peut pas être guéri, c’est pourquoi il est important d’apprendre à vivre avec. Les logopédistes – qui posent le diagnostic – peuvent proposer une prise en charge. Malgré cela, parents et professeurs se sentent parfois démunis. Pour pallier le problème, le GRe10 (Groupe romand pour enfants à troubles «dys-») a été créé en 2007, devenant l’association Collectif GRe10 le 1er octobre dernier. Réunissant parents et professionnels, elle propose des outils et des stratégies à appliquer au quotidien. Martine Rossier, formatrice et membre fondatrice de l’association, nous explique: «Des parents, logopédistes et enseignants, ont imaginé et créé de nouveaux outils, conçus de nouvelles méthodologies, à partir d’expériences individuelles. Certains de ces outils sont donc transversaux et adaptatifs, ce qui signifie qu’on peut les utiliser dès la 1re primaire (3H) jusqu’au cycle.» Des outils disponibles en ligne gratuitement. «Depuis 2010, des formateurs faisant partie du GRe10 dispensent aussi des cours de formation continue, tant pour les enseignants que pour les parents, dans plusieurs cantons romands (ces cours sont proposés en Valais depuis 2015), mais également à des établissements ou des écoles privées. Nous organisons aussi des conférences en Valais et hors du canton.»

Privilégier le visuel

Le matériel proposé utilise une approche globale. Le programme se concentre sur des aspects émotionnels, visuels et colorés, offrant ainsi à l’enfant une solution de remplacement bienvenue aux apprentissages scolaires habituels. Cela lui permet de rester motivé, car il est très facile d’être découragé: «Faire toujours la même chose et constater que ça ne fonctionne pas peut être à la fois épuisant et stressant, pour les parents comme pour l’enfant», avance Martine Rossier. «Ces troubles «dys-» entraînent souvent beaucoup de tensions émotionnelles et psychologiques amenant parfois l’enfant à développer des troubles du comportement. La bienveillance et le soutien sont donc essentiels pour lui apprendre à gérer sa différence au quotidien.» Si la dyslexie n’est prise en charge que depuis peu et malgré la difficulté d’établir une stratégie individuelle au sein des classes toujours plus denses, les enseignants sont aujourd’hui sensibilisés à la problématique et des aménagements se mettent en place au sein des écoles. De quoi redonner aux têtes blondes le plaisir de l’apprentissage.

«Le vrai défi se joue à l’école»

Corinne Gertsch a découvert sa dyslexie lorsque son fils a été diagnostiqué pour ce trouble. Elle nous explique les différences de prise en charge, d’une génération à l’autre: «J’ai découvert ma dyslexie à l’âge de 40 ans. A notre époque, il n’y avait pas de test. Ça ne m’a pas complètement surprise: quand je lisais des histoires à mes enfants, il m’arrivait de sauter des mots sans m’en rendre compte. J’ai aussi une écriture difficile à lire. Mais j’aimais le français à l’école. Je regrette toutefois les difficultés scolaires que j’ai pu avoir à cause de ce trouble. Si j’avais bénéficié de tous les aménagements que les élèves ont aujourd’hui, j’aurais peut-être réussi ma formation au collège de Saint-Maurice… Matthias a été diagnostiqué à 9 ans, en 3e primaire (5H). Ça s’est aussi déclaré par la lecture, en plus de troubles de l’attention. A l’école enfantine, il avait déjà un bégaiement émotionnel. Il est aujourd’hui en 2e année de cycle, en niveau 1 en français. Il travaille cette branche une heure par semaine avec un professeur à la retraite. Il a également un jeune répétiteur, stagiaire en enseignement spécialisé, qui vient l’aider pour l’allemand et l’anglais, car l’apprentissage des sons est une torture pour un enfant dyslexique. Le vrai défi se joue à l’école: il faut se battre chaque année pour faire valoir les aménagements auxquels Matthias a droit en classe, en discutant avant chacun de ses professeurs qui sont parfois réticents, parce qu’ils ne peuvent pas les appliquer avec des classes de 22 élèves, ce que je comprends. Au quotidien, Matthias n’utilise pas beaucoup d’outils informatiques; ce n’est pas trop son truc. En ce qui me concerne, mon cerveau a développé des stratégies depuis que je suis petite. Mais j’ignore s’il existe une prise en charge pour les adultes.»


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