01.06.2017, 00:01  

«On a tous besoin d’une double vie»

Abonnés
chargement
1/2  

 01.06.2017, 00:01   «On a tous besoin d’une double vie»

Présenté en compétition à Cannes, le nouveau film de François Ozon est un thriller sur le thème du double, truffé d’inspirations cinéphiles. Un exercice de style traversé par quelques fulgurances.

Pour son nouveau film qui explore la gémellité et les tréfonds de l’âme féminine, François Ozon retrouve Marine Vacth, l’actrice principale de son film «Jeune & jolie», qui racontait l’histoire d’une adolescente s’adonnant à la prostitution de luxe. Rencontre avec le réalisateur.

François Ozon, quelle est la genèse de «L’amant double»?

Je suis fan de l’écrivaine américaine Joyce Carol Oates. Quand...

Pour son nouveau film qui explore la gémellité et les tréfonds de l’âme féminine, François Ozon retrouve Marine Vacth, l’actrice principale de son film «Jeune & jolie», qui racontait l’histoire d’une adolescente s’adonnant à la prostitution de luxe. Rencontre avec le réalisateur.

François Ozon, quelle est la genèse de «L’amant double»?

Je suis fan de l’écrivaine américaine Joyce Carol Oates. Quand j’ai appris qu’elle écrivait des romans policiers sous le pseudonyme de Rosamond Smith, ma curiosité a été piquée. Elle a deux noms: elle est double! Après avoir lu son livre «L’amour en double», j’ai vite senti une histoire fascinante d’une femme partagée entre deux hommes.

Comment avez-vous envisagé cette adaptation?

Il est important d’avoir une vision et d’utiliser le livre comme une base. La trahison est inévitable, parce que ce qui fonctionne en littérature ne fonctionne pas forcément au cinéma et vice versa. J’ai transformé des éléments du livre: l’histoire originelle se passe aux Etats-Unis, la mienne à Paris, et les personnages sont ancrés dans une autre réalité. Mais j’ai essayé de garder l’esprit du roman, le suspense et la fascination pour le double.

La gémellité vous fascine-t-elle?

L’idée d’avoir un jumeau fait à la fois rêver et peur… Il y a toute une mythologie autour de la gémellité. J’ai lu beaucoup de textes scientifiques, qui montrent que la nature est capable de produire des chefs-d’œuvre, tels que des jumeaux. J’ai eu envie de jouer sur le côté physiologique, les différentes facettes de fascination ou de répulsion liées à la gémellité.

Comment l’esthétique, plutôt froide, s’est-elle imposée?

Le film devait être assez mental, pour qu’on se retrouve dans la tête de cette femme et qu’on partage ses rêves et ses fantasmes. Il fallait des images à la fois esthétisantes, belles à regarder, et qui traduisent sa fascination par rapport à la gémellité: elle cherche d’où vient sa douleur, s’il s’agit d’une douleur externe ou interne…

Vous prenez bien soin de rester ambigu…

J’essaie de montrer la complexité de la nature humaine. Il faut aussi que le spectateur ait une liberté d’interprétation par rapport à ce qu’il voit. L’interaction avec le film doit lui permettre de questionner sa propre nature.

Le thème du double est récurrent dans vos films…

On a tous besoin d’une double vie, pas nécessairement dans la réalité bien sûr, mais du moins dans nos pensées, nos fantasmes. Chacun a une part secrète. Personne ne peut se satisfaire de sa réalité. Donc soit on provoque autre chose à côté de sa vie normale, soit on vit dans l’imaginaire, soit on va au cinéma…

Quelles sont vos références pour ce film? Cronenberg?

Tout le monde m’a dit que ça faisait penser à Cronenberg. Forcément, il a réalisé «Dead Ringers» («Faux-semblants»), l’un des plus beaux films sur la gémellité. Mon film est différent, parce qu’il est raconté du point de vue de la jeune femme, alors que celui de Cronenberg est raconté du point de vue des jumeaux. J’ai pensé à des thrillers à suspense, donc à Hitchcock, et à Brian de Palma pour ce qui concerne la tension entre réel et imaginaire.

Pourquoi avoir confié ce nouveau rôle à Marine Vacth?

Après «Jeune & jolie», on est devenus amis et je l’ai vue devenir femme, avoir un bébé, s’épanouir en tant qu’actrice. Elle n’était pas sûre de continuer à jouer la comédie et j’ai eu envie de lui offrir un rôle où elle pourrait à la fois montrer sa féminité et le fait qu’elle est devenue une grande actrice, capable de composition, contrairement au rôle plus «documentaire» qu’elle avait dans «Jeune & jolie».


Vous avez lu gratuitement
une partie de l'article.

Pour lire la suite :

Profitez de notre offre numérique dès Fr 2.- le 1er mois
et bénéficiez d'un accès complet à tous nos contenus

Je profite de l'offre !
Top