21.03.2017, 00:01  

L’intégration dans l’objectif

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Dans cette phase du projet, les jeunes conçoivent un roman-photo sur la base d’un scénario, premier pas vers la réalisation d’un court métrage.

 21.03.2017, 00:01   L’intégration dans l’objectif

MAISON DU DIABLE - La Fondation Fellini pour le cinéma pilote, en collaboration avec la HES-SO, un beau projet de médiation culturelle.

L’image, par l’immédiateté de sa compréhension, est ¬ peut-être plus encore que la musique ¬ constitutive de lien social. Partout sur terre, aujourd’hui, on capte les moments clés de l’existence, on documente sa vie, celle des proches. C’est forcément le cas de ces jeunes, arrivés en Valais il y a quelques semaines ou quelques mois de Somalie,...

L’image, par l’immédiateté de sa compréhension, est ¬ peut-être plus encore que la musique ¬ constitutive de lien social. Partout sur terre, aujourd’hui, on capte les moments clés de l’existence, on documente sa vie, celle des proches. C’est forcément le cas de ces jeunes, arrivés en Valais il y a quelques semaines ou quelques mois de Somalie, d’Afghanistan ou d’Erythrée. Dans les portables, la mémoire à vif de leur exil. Mais là, dans cette après-midi déjà douce en vieille ville de Sion, l’image porte autre chose. Elle n’ancre pas le souvenir, elle porte les germes d’un futur possible.

C’est là toute la beauté du projet de médiation culturelle porté par la Maison du diable à Sion (MDD), siège de la Fondation Fellini pour le cinéma, et un groupe d’étudiantes en travail social de la HES-SO. Depuis novembre, une dizaine de jeunes réfugiés encore mineurs s’initient à la photographie et au cinéma, à la théorie comme à la pratique. «Aujourd’hui, ils constituent un roman-photo sur la base d’un scénario, à l’aide d’appareils polaroïds. C’est un bon exercice de devoir faire avec cette limitation du nombre d’images possibles», explique Nicolas Rouiller, directeur de la MDD.

Se sentir appartenir à un lieu

Dans l’un des deux groupes du jour, Ayan* et Javid* répartissent les rôles. Au premier, l’appareil, au second, le personnage principal tout juste arrivé en ville qui souhaite visiter le château mais s’en voit dissuadé par une passante (l’étudiante en travail social Elise Taiana) qui lui explique qu’il est hanté. On débat, on parle cadrage en français, en anglais, on rit aussi des petites incompréhensions. On échange un mot ou deux avec des passants curieux et on visite la ville. «Il y a un peu tout cela dans ce projet, c’est vrai, explique Emmanuelle Caravaglio, deuxième étudiante du groupe. Ces jeunes, malgré la barrière de la langue et une existence permettant difficilement de se projeter dans un projet qui s’inscrit dans la durée, ont été touchés par la démarche et le fait qu’on leur propose des activités en dehors des cours de français et d’apprentissage qu’ils suivent.»

Javid, depuis sept mois en Valais et parlant déjà remarquablement bien le français abonde: «En Afghanistan, j’aimais beaucoup travailler avec l’image, le graphisme. Mais mon pays est très différent et ça me plaît d’apprendre toutes ces choses sur le cinéma et la photographie et aussi comment la société fonctionne ici.»

Une exposition en avril

Entrer dans la vie d’un lieu par la porte de la culture, un accès valorisant pour ces jeunes gens. D’autant que le travail accompli durant ces ateliers de la Maison du diable à raison de deux sessions par mois ¬ un court métrage et des reportages photos en argentique ¬ sera exposé à la MDD du 20 avril au 4 mai prochain, accroché aux murs au même titre que les images réalisées par les étudiants du lycée-collège des Creusets dans le cadre de l’Atelier du regard conduit par la Fondation Fellini. «A l’origine, le projet s’adresse à tous les jeunes qui n’ont pas forcément accès à ce type de programme dans leur parcours scolaire. Cette année, il s’est centré sur les migrants de Sion mais l’objectif est de susciter la rencontre entre les populations, développe Nicolas Rouiller. Elle se fait d’ailleurs avec les étudiants de l’Atelier du regard dans le studio photo des Creusets. Un vrai échange se produit.»

A travers cette nouvelle médiation, la Maison du diable entend toucher un public encore plus large. Rappelons qu’elle propose déjà des ciné-gourmands et des cycles cinématographiques pour les adultes, des initiations au cinéma d’animation pour les enfants de 6 à 9 ans, ainsi que des cours de cinéma dans le cadre de l’Unipop. «Les expositions ne sont que la pointe de l’iceberg. Notre but est de faire de la MDD un pôle culturel que les gens puissent s’approprier», conclut Nicolas Rouiller.

*Prénoms d’emprunt. Exposition «Place aux jeunes» à la Maison du diable du 20 avril au 4 mai. Présentation des travaux des jeunes migrants de Sion et des étudiants de l’Atelier du regard. www.maisondudiable.ch


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