09.01.2017, 00:01  

Charlot et moi

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Etrange impression pour Elisa Bitschnau que de se faire coiffer par le barbier du «Dictateur», l’un des nombreux espaces du «Studio» dédiés aux scènes mythiques des films de Chaplin.

 09.01.2017, 00:01   Charlot et moi

Par Christine savioz (textes)

CHAPLIN’S WORLD - Le nouveau musée de Charlie Chaplin est un véritable bijou. Une artiste de cirque valaisanne nous le fait découvrir.

«Vous voulez que je me mette sur les mains?» D’emblée, Elisa Bitschnau, une Valaisanne de 17 ans (voir encadré), montre qu’elle n’a pas froid aux yeux. Dans la rue de Londres où a grandi Charlie Chaplin, et reconstituée à la perfection par Chaplin’s World, elle joint le geste à la parole avec une facilité déconcertante. En trois secondes,...

«Vous voulez que je me mette sur les mains?» D’emblée, Elisa Bitschnau, une Valaisanne de 17 ans (voir encadré), montre qu’elle n’a pas froid aux yeux. Dans la rue de Londres où a grandi Charlie Chaplin, et reconstituée à la perfection par Chaplin’s World, elle joint le geste à la parole avec une facilité déconcertante. En trois secondes, voilà la trapéziste la tête à l’envers, dans le décor du célèbre film «Easy Street». Une jolie entrée en matière pour une visite du tout nouveau musée Chaplin à Vevey. «Ici, nous plongeons dans l’univers de cet artiste unique. Il y a quelque chose de magique», s’enthousiasme Elisa Bitschnau.

L’envers du décor

La féerie commence juste sous l’écran de cinéma installé dans la partie «Studio». Après avoir visionné un film d’une dizaine de minutes résumant la vie personnelle et professionnelle de Charlot, les spectateurs sont invités à passer dans l’envers du décor, au sens propre et figuré. Place alors à des scènes mythiques de plusieurs films de l’artiste, comme «Le cirque», «Les temps modernes», «Le kid» ou encore «Le dictateur». Alors que les plus jeunes découvrent un personnage inconnu, les plus âgés savourent les images déjà vues dans leur enfance. «Chaplin arrivait à faire passer une belle émotion juste avec son corps et ses expressions, sans l’usage de la parole. Il n’avait pas besoin de mille et une technologies pour réussir cette transmission. C’était un acrobate de talent», souligne Elisa Bitschnau devant une scène où l’artiste jouait l’équilibriste avec des rollers. «Il est brillant, là. Il assure.»

La Valaisanne pose ensuite dans la cabane de «La ruée vers l’or», cachant à peine son émerveillement en guignant la statue de Charlot sous la table. «C’est impressionnant.» Un sentiment qui ne quitte pas la Valaisanne tout au long de la visite. «Chaplin écrivait, réalisait, composait et jouait. C’était un artiste complet, comme doivent l’être les artistes de cirque aujourd’hui», ajoute-t-elle devant des images du «Dictateur» où le comédien interprétait Hitler à la perfection. Le temps s’arrête. Tourné en 1940, le film n’a pas pris une ride. La haine et la guerre, deux maux que combattait Chaplin avec force, n’ont jamais péri malgré les gens de bonne volonté.

Dans un court film résumant la vie de Charlie Chaplin dans le Studio, le comédien confie d’ailleurs qu’il ne peut rester indifférent à ce qui se passe autour de lui. «Cela me parle vraiment. Un artiste ne peut pas faire juste son art sans lui donner de message. Rien n’est dû au hasard dans un spectacle. C’est comme cela que je le vois en tout cas», note soudain Elisa Bitschnau.

Un lieu interactif

Dans l’espace dédié au «Dictateur», la statue de Chaplin en barbier juif domine. Le personnage est placé derrière un siège de coiffeur sur lequel chaque visiteur peut s’asseoir et poser pour la photo souvenir. Elisa Bitschnau se prête au jeu, presque intimidée. «Ce qui est fabuleux dans ce musée, c’est qu’il est interactif. On y réveille notre âme d’enfant», confie-t-elle en souriant à la photographe.

Les scènes se suivent et ne se ressemblent pas, passant du militantisme pour la paix à de la poésie à l’état pur. «Les lumières de la ville» s’allument ainsi dans le regard du personnage de la fleuriste aveugle. Délicat, l’instant semble suspendu. «Chaplin sait nous toucher», ajoute Elisa Bitschnau.

Dans son intimité

La balade du poète se poursuit avec la visite du Manoir de Ban, la demeure où Charlie Chaplin a vécu avec sa quatrième et dernière épouse Oona et leurs huit enfants dès 1952. «Il suffit d’avoir ses proches, une maison et quelques amis pour être chez soi là où l’on est. Je me sens bien partout», racontait le comédien anglais lorsqu’il s’est vu refuser son visa américain au retour d’un voyage à Londres. A Vevey, Charlie Chaplin a trouvé «la paix d’un homme comme les autres», comme il le dit. Cette sérénité habite sa dernière demeure. Chaque pièce retrace les côtés lumineux de l’homme qui se cachait derrière le comédien. «J’apprécie beaucoup la bibliothèque. C’est cosy, chaleureux. En plus, l’écriture de Chaplin est partout», raconte Elisa Bitschnau en observant les dizaines de feuilles manuscrites suspendues au lustre. Les mots de Chaplin illuminent le lieu.

Une bâtisse vivante

Emotion aussi dans la chambre de l’artiste où des images le montrent recevant un Oscar pour l’ensemble de sa carrière en 1972. Difficile de retenir quelques larmes. «Il y a quelque chose de fort dans cette maison. On s’attend presque à le voir apparaître», lance une visiteuse sous le charme. Incarné dans une statue de cire à côté d’une représentation de sa femme Oona dans une des pièces de Manoir, Charlie Chaplin regarde des vidéos de ses enfants. La vie tranquille d’un papa presque comme les autres. Elisa Bitschnau s’assied près du couple en partageant leurs souvenirs. «Il faudrait passer une journée dans cet endroit pour tout voir dans ce musée. C’est tellement riche», remarque la Valaisanne, un peu frustrée de ne pas avoir eu le temps de tout parcourir. Car outre la partie Studio et le Manoir, le visiteur peut aussi découvrir le parc de quatre hectares. Bien plus qu’un musée, le lieu offre une véritable plongée dans l’univers de Charlie Chaplin. Une exquise expérience.

Christine savioz (textes)

Héloïse Maret (photos)


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