19.10.2016, 00:01  

Là où on se passe les neurones

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Dans ce genre de rencontres, comme ici à Lausanne, il y a trois règles d’or: pas de cravate, pas de vouvoiement, pas de carte de visite.
Par Rachel Richterich

Créatifs, patrons et curieux se réunissent lors de soirées pour partager idées et solutions autour de l’entrepreneuriat.

Les sourires sont un peu crispés, on ne se connaît pas. L’ambiance flotte autour des pop-corn, bières et cacahuètes, en attendant les retardataires. Ah, voilà, ça démarre. Thierry, qui souhaite concrétiser son projet d’entreprise, expose sa problématique: comment atteindre la masse critique de prestataires et de clients pour que sa plateforme en gestation devienne intéressante?

Ce soir-là, à Genève, une quinzaine de femmes et d’hommes, âgés entre 20 et 45 ans, aux parcours très divers, pour la plupart entrepreneurs, mais aussi simples créatifs ou curieux, vont lui prodiguer leurs conseils. Des idées, lancées dans le cadre de cette session de The Shared Brain. Littéralement cerveau partagé, «pour rappeler les connexions entre les neurones qui se tissent tout au long de notre vie», explique Gregory Logan, cofondateur et président de l’association qui chapeaute le concept. Le projet a démarré il y a sept mois à Lausanne, puis à Genève et dès ce soir à Fribourg, sous l’impulsion de Gregory Logan et Hichame Metatla.

«Tout a démarré un jour où je discutais autour d’un verre avec Hichame de ma marque de bijoux de luxe Pavando, que j’avais de la peine à faire évoluer», explique Gregory Logan. «Il est le fondateur de beeinvested.ch, une plateforme de financement participatif spécialisée dans la finance – a priori éloignée de mon domaine d’activité. Pourtant, c’est son regard extérieur, dans ce contexte décontracté, qui m’a le plus fait avancer.»

Pas de cartes de visite

Avec l’aide de deux amis, qui ont depuis quitté le projet, les deux trentenaires décident de transposer la situation à plus grande échelle. «Le but est de créer un écosystème d’entrepreneurs en Suisse», souligne Gregory Logan. Mais pas dans sa forme guindée, encore souvent légion aujourd’hui. Pour participer à The Shared Brain, il y a trois règles d’or: pas de cravate, pas de vouvoiement et pas de carte de visite. Ah tiens… «A la fin, seulement. Le but n’étant pas de venir faire sa publicité, mais vraiment de trouver, respectivement d’apporter des idées et des solutions», précise le jeune entrepreneur.

Et face à la quantité d’événements qui pullulent sur les campus et autres espaces de coworking, la recette semble porter ses fruits. «Ces deux derniers mois, la participation a grimpé», assure Gregory Logan. Entre dix et jusqu’à trente participations par session, chaque semaine. Avec même quelques entrepreneurs stars, comme l’aventurier Xavier Rosset ou Pascal Meyer, le fondateur de la communauté de vente en ligne Qoqa.

Tant et si bien que Gregory et Hichame recrutent aujourd’hui des modérateurs qui prendront en charge les sessions et les animeront. Pour d’une part pouvoir continuer à développer leur propre entreprise en parallèle. Et faire évoluer le concept, en tissant des partenariats avec les campus, des grandes entreprises de conseil et des concours de jeunes pousses.

Brainstorming privé

Car après les succès rencontrés à Lausanne et Genève, ils souhaitent soigner leur lancement du concept à Fribourg. Puis, pourquoi pas rayonner à l’étranger. «Nous sommes en discussion avec des partenaires à Berlin et à Barcelone», glisse Gregory Logan. Prochaine étape, lever des fonds. «Nous avons lancé un avis il y a une dizaine de jours.» Des fonds qui serviront aussi à créer une plateforme internet, à la fois base de données pour développer l’offre et support numérique destiné aux participants. Et, à terme, offrir un service de remue-méninges privé avec les meilleurs cerveaux parmi les membres.

«Pourquoi tu n’essaierais pas d’abord de tester le marché réel, avant de te lancer sur internet», lance une des participantes. «Tiens, ça je n’y avais pas pensé, trop plongé dans l’élaboration de la plateforme», répond Thierry. Pour 40 francs, il repart avec une mine d’idées à exploiter. Les cerveaux du soir tirent de leurs 9 francs de participation de nouvelles rencontres, qui étoffent leur réseau.


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