01.06.2017, 00:01  

«Il ne faut pas se tromper de cible»

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Le volume de la production laitière suisse est en net recul.

 01.06.2017, 00:01   «Il ne faut pas se tromper de cible»

Par Christine Wuillemin

Une action invite au boycott de Migros qui refuse toute hausse du prix du lait. Des élus misent sur le dialogue.

Le refus de l’Interprofession du lait mercredi dernier d’augmenter le prix indicatif du lait de centrale A, fixé aujourd’hui à 65 centimes le kilo, a provoqué une vague d’indignations au sein du monde paysan. Les producteurs réclament depuis longtemps une hausse de 3 à 4 centimes de ce prix de référence. Mais, mis à part Coop, qui a...

Le refus de l’Interprofession du lait mercredi dernier d’augmenter le prix indicatif du lait de centrale A, fixé aujourd’hui à 65 centimes le kilo, a provoqué une vague d’indignations au sein du monde paysan. Les producteurs réclament depuis longtemps une hausse de 3 à 4 centimes de ce prix de référence. Mais, mis à part Coop, qui a décidé de payer dès le premier juillet son litre 3 centimes de plus qu’actuellement, aucun acheteur de lait industriel n’est entré en matière. Et cette fois c’en est trop! Depuis quelques jours, un appel au boycott de Migros circule sur la messagerie instantanée Whatsapp, selon une information du journal alémanique «Blick».

Le texte encourage les producteurs à ne plus vendre leur lait à Migros via sa laiterie industrielle ELSA Mifroma. Il est signé par plusieurs politiciens, dont quatre parlementaires UDC. Entre-temps, la plupart se sont cependant distancés de cette action, à l’image du conseiller national Toni Brunner (UDC/SG), président du parti agrarien.

«Pas se tromper de cible»

L’appel au boycott du géant orange peine en réalité à trouver des soutiens officiels. Si la Fédération des producteurs suisses de lait (FPSL) dit comprendre la rage des personnes se trouvant dans une situation dramatique, elle estime que boycotter Migros n’est pas la bonne solution. «Le problème de cette polémique c’est que Migros est désignée comme le mouton noir alors qu’en principe, ils pratiquent un bon prix par rapport aux autres», avance le porte-parole Reto Burkhardt. Une opinion partagée par Jacques Bourgeois, directeur de l’Union suisse des paysans (USP): «Il ne faut pas se tromper de cible. Migros paie plus ou moins le prix indicatif».

Mais si l’action coup de poing a du plomb dans l’aile, les producteurs de lait sont plus remontés que jamais. «Nous sommes très déçus de la décision de l’Interprofession du Lait», ne décolère pas Reto Burkhardt. «La situation des producteurs de lait industriel est très difficile. Leur activité n’étant plus assez rentable, ils ne peuvent plus investir et doivent grignoter leur capital pour survivre. Ils ont absolument besoin d’une amélioration et attendent que tous les acteurs du marché prennent leurs responsabilités.»

Selon les chiffres de la FPSL, le volume de la production laitière suisse est en net recul depuis le début de l’année. À la fin mars, la baisse était de 5,1% par rapport à l’année précédente. La tendance sur le marché de la matière grasse est également saine, avec une baisse de 19% de la production de beurre par rapport à l’année précédente et, par conséquent, une forte diminution des stocks. «Dans de telles conditions, c’est vraiment le moment de demander que le prix indicatif augmente de 3 à 4 centimes le kilo. Et cette hausse doit pouvoir se ressentir en juillet», martèle Jacques Bourgeois.

Rencontre avec Migros

Les défenseurs des paysans se mobilisent. Une délégation interpartis a rencontré les représentants de Migros hier à Berne pour une réunion informelle. Emmené par le conseiller national Andreas Aebi (UDC/BE), le groupe, composé d’une majorité d’élus UDC, d’un socialiste et d’une verte, a demandé à Migros de montrer l’exemple. «Les grands transformateurs pourraient faire un effort. Ce n’est pas toujours à la Confédération et au citoyen de compléter prix pour qu’il soit juste», avance le conseiller national Pierre-André Page (UDC/FR), membre de la délégation. «Migros devrait nous donner sa réponse à la fin de la session parlementaire.»

Le géant orange qui s’était dit «surpris et fâché» par l’appel au boycott, confirme avoir pris part à la discussion d’hier matin. Il ne dit pas s’il envisage de revenir sur sa décision. «Nous payons déjà depuis 2016 le prix indicatif, ce qui n’est de loin par le cas des autres gros acteurs de la branche. Nous payons 5,7 centimes de plus, soit 10% de plus, que ce que paient en moyenne les autres transformateurs de lait industriel», avance Tristan Cerf, porte-parole.

L’action de boycott n’aurait eu de conséquences ni sur les achats effectués dans les magasins Migros, ni sur les livraisons à son transformateur laitier ELSA Mifroma, d’après Tristan Cerf. «Les personnes qui ont lancé ce message ne font d’ailleurs pas partie de nos fournisseurs», note-t-il.


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