09.01.2017, 00:01  

«Je veux rendre hommage à mes héros»

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 09.01.2017, 00:01   «Je veux rendre hommage à mes héros»

Par Jean-François Albelda

CALI - Le chanteur sort «Les choses défendues», un retour lumineux sur ses jeunes jours.

«Les choses défendues», croquer dans ces fruits au parfum acidulé, ceux de l’enfance et de l’adolescence, la première clope, le premier disque de rock, la première fille ou la première guitare, ceux encore qui nourrissent et font grandir. Dans toute l’œuvre de Cali, dans ses disques, son engagement pour les autres comme à Terre des hommes, il y a...

«Les choses défendues», croquer dans ces fruits au parfum acidulé, ceux de l’enfance et de l’adolescence, la première clope, le premier disque de rock, la première fille ou la première guitare, ceux encore qui nourrissent et font grandir. Dans toute l’œuvre de Cali, dans ses disques, son engagement pour les autres comme à Terre des hommes, il y a cette quête absolue du souffle libertaire des jeunes jours, de la pureté du sentiment. Et si ses premiers disques brûlaient d’une révolte et d’une colère parfois indistinctes, le chanteur chemine aujourd’hui avec une nostalgie lumineuse et une sérénité belles à voir et à entendre.

Focaliser sur le beau

«C’est vrai... Dans mes textes, je cherche toujours à aller chercher ce qui me fait du bien. A un moment, ça a été de parler de ceux qui font mal, qui mentent... Maintenant je préfère parler de ceux qui font de belles choses. On parle toujours des mêmes thèmes, je crois, mais en avançant, le point de vue change.» Et sur ses trois derniers opus en date, le regard de Cali s’est porté sur ses racines, sur sa sève, son village d’origine avec «Vernex-les-Bains», le lien à ses enfants avec «L’âge d’or» et ici, sa propre jeunesse. «Je crois que j’ai écrit mon premier album le jour de la mort de ma mère, quand j’avais 6 ans. Ce manque-là, je l’aurai toute ma vie, et dans chaque chanson je le raconte...»

Ce moment-là, il l’exorcise en écrivant la très jolie «Annie Girardot», titre pudique au possible où il raconte comment son père a pris dans ses bras, sur le lit, ses quatre enfants au retour de l’enterrement de sa femme. «Ce titre, je confesse que j’étais fier de moi quand je l’ai trouvé, comme en contrepoint à mon histoire. Cette grande actrice, cette femme superbe m’a fait beaucoup de cadeaux sans le savoir...» Et il chante: «On ne se rappelle pas de tout, mais jamais on n’oublie.»

Un morceau pour résumer tout

Dans ce septième album un morceau résume tout, qui s’intitule «Seuls les enfants savent aimer». «En fait, cette chanson, j’aurais pu la placer sur chacun de mes disques avec un habillage différent», semble-t-il se dire à lui-même. «C’est un peu une idée à la Dylan... Je vais peut-être faire ça pour tous les disques à venir.» Toujours, dans les propos, dans les références, on sent l’amour inconditionnel porté à ceux qui ont allumé en lui cet «incendie», ce feu sacré de la musique.

On a pu parfois lui reprocher de prendre l’aspiration de groupes mythiques, de viser trop directement ces refrains fédérateurs, extatiques, dont U2 ou autres Arcade Fire ont fait leur étoffe. On a pu penser, à le voir suer sang et eau sur scène dans une quête éperdue d’amour et de reconnaissance, qu’il y avait quelque chose de capricieux ou d’auto-centré dans sa démarche.

La vérité est plutôt à chercher dans la direction inverse, celle d’une générosité qu’il peine souvent à canaliser, qu’il dispense sur disque, en promo en parlant plus d’autres artistes que de lui-même, qu’il dépense encore en s’engageant sans compter pour le tissu associatif quand la cause lui parle (cf. encadré).

«Je leur dois tout»

«U2, Dylan, Springsteen, les Waterboys (ndlr: le violoniste du groupe britannique Steve Wickham fait partie du groupe de Cali), je leur dois tout. Et je ne m’en cache pas. Je leur rends très directement hommage au travers de ma musique, je leur dis merci de m’avoir sorti de mon petit village et de m’avoir donné envie de voir le monde...»

Conjurer le vide

L’homme a alors plaisir à digresser, mentionner le Boss et sa récente autobiographie «Born To Run». «C’est un chef-d’œuvre. Ce livre m’a bouleversé. La façon dont il évoque la dépression, presque avec brutalité, c’est impressionnant.» Cali évoquait déjà à l’époque de «Vernex-les-Bains» et son épure totale le fantôme du «Nebraska» de Springsteen. A une tout autre échelle, on retrouve ce besoin incompressible de conjurer le vide par la foule, les cris, les moments de grâce partagés. «Je comprends ça, il me semble, à mon niveau de petit chanteur français bien sûr... S’il n’y avait pas tout ça, pas l’écriture, pas les chansons, pas les concerts, je ne sais pas ce qu’il y aurait. J’écris, je continue à écrire, pour ne pas tomber.»

Touchant dans le doute qui semble le frôler, Cali parle encore du revers de tout ça. L’exposition, la perte du mystère qui fait l’épaisseur des légendes. «L’an passé, on a vu disparaître des artistes comme il n’y en aura plus. C’est normal de voir s’éteindre des gens autour, c’est la vie. Aujourd’hui, on sait tout de tout le monde, on sature les télés, les réseaux pour faire exister les artistes. Les stars, quel que soit leur talent, ne seront plus des mythes.» Le regard de l’adolescent fan des figures du rock qu’il fut et qu’il reste se voile un peu. Puis, pour désamorçer, il sourit: «L’absence, c’est une bonne stratégie. Mais je suis mauvais stratège, j’ai raté le coche...»

Cali et Terre des Hommes: «Ils glorifient la vie»

Quand on demande à Cali si l’expérience du festival Un autre monde organisé par Terre des hommes, auquel il participe plus qu’activement depuis deux éditions, a apporté quelque chose à la matière de ce nouvel album, son regard s’éclaire. «J’aime bien ce mot, matière... La chanson, c’est la sculpture finale, mais elle est taillée dans la masse, dans notre environnement direct, dans ce qu’on vit, nos expériences. C’est certain, ce que j’ai vécu à la Maison de Massongex, ça a bouleversé beaucoup de choses en moi.» Il l’avait d’ailleurs souvent relevé en marge de ses prestations au festival, où il a en quelque sorte pris le relais de Yannick Noah pour faire venir ses amis artistes en Valais. «J’ai pu voir le travail que Philippe Gex et toute l’équipe accomplissent. Ils composent avec le plus grand drame de la vie, la souffrance d’enfants innocents. Et quand je parle avec eux, il n’ont que du soleil dans la gorge et dans les mots. C’est une grande leçon. Ce sont des gens qui glorifient la vie, et tous ceux qui les fréquentent de près ou de loin sont forcément «contaminés» par cet état d’esprit. Oui, c’est certain, cette expérience a eu une influence sur mon travail.» jfa

INFO +

«Les choses défendues», Sony Music, 2016. En concert le 12 janvier au Casino Théâtre du Locle. Plus de renseignement sur: www.calimusic.fr


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